Pour Charles Chartouni, politologue et professeur de sociologie à l’UL, il n’existe pas jusqu’à présent de liens directs entre les attentats et la crise du Proche-Orient. Selon lui, les États-Unis ne sont pas sans nuance sur la question de la distinction entre terrorisme et mouvements de résistance nationale. Par conséquent, estime le sociologue, les deux dossiers devront être traités séparément. «N’empêche, dit-il, que les Israéliens et les Palestiniens devraient réaliser que leur jeu n’est pas sans limites, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent plus se jouer des équilibres de la sécurité internationale». Et d’affirmer encore : «Il faudra bien qu’ils se remettent à renégocier pour limiter les dégâts et les débordements de ce conflit». Vue sous l’angle de la politique proche-orientale, une des conséquences directes de la catastrophe qui s’est produite en Amérique serait de ramener aussi bien les Israéliens, les Palestiniens que l’ensemble des pays arabes à plus de réalisme, estime le sociologue. Désormais, selon la logique américaine, le temps est à la recherche de solutions concrètes qui mettent un terme à ce cercle vicieux de violence et de contre-violence, dit-il. D’ailleurs, Charles Chartouni doute fort que la politique que l’Administration américaine va adopter à l’égard des Palestiniens sera dictée par des considérations de politique sécuritaire interne aux USA et au monde libre uniquement. «Ils vont tenir compte du contentieux arabo-israélien en tant que question sui generis et vont essayer de résoudre les problèmes qui lui sont rattachés» dit-il. Quant à la coalition que cherche à mettre sur pied les États-Unis, elle traduit une volonté de la part de ces derniers de recueillir une approbation internationale à leur politique de rétorsion. «Ils ne veulent pas avoir recours à une politique isolée, qu’on leur reprocherait par la suite. Cette coalition fait d’ailleurs partie intrinsèque de leur stratégie» . Quels sont parmi les pays du Proche-Orient ceux qui pourraient rejoindre cette coalition ? La Syrie ne s’est pas résolument engagée dans cette coalition. S’il est vrai qu’elle s’est dépêchée, à l’instar d’autres pays de la région, de condamner les attentats, «il faut toutefois noter que ce n’est quand même pas le président Bachar el-Assad lui-même qui l’a fait. Même pas le gouvernement syrien», note le sociologue. Quant au Liban, « il n’a pas la stature politique nécessaire pour pouvoir décider, vu l’hypothèque syrienne qui pèse sur sa politique interne aussi bien que sur sa politique étrangère», dit-il. Quant au chef libyen Moammar Kadhafi qui, à une époque lointaine, avait mené des actions subversives, il semble un peu en retrait par rapport au terrorisme mondial, soutient M. Chartouni. Dans le cas de l’Iran, qui n’a pas été impliqué jusque-là, M. Chartouni fait remarquer que le cas de ce pays, majoritairement chiite, doit être considéré à part. Commentant les informations faisant état d’une éventuelle implication de Imad Moghnieh, un ancien responsable de la sécurité au sein du Hezbollah, Charles Chartouni explique que même dans ce cas de figure, la connexion avec l’Iran ne doit pas nécessairement être établie. «Tout scénario d’escalade au Proche-Orient et en Iran, dit-il, est à écarter tant qu’aucune preuve n’a encore été retenue contre les pays dans cette région. Il ne s’agit pas d’adopter une politique de revanche contre toutes les actions terroristes antérieures». Par conséquent, la politique de rétorsion restera confinée, selon lui, à ceux qui sont impliqués dans les attentats de New York et Washington pour l’instant. Quant à la question du terrorisme intégriste, celle-ci est largement ouverte, pense M. Chartouni. Elle sera l’un des thèmes principaux de la politique défensive des États-Unis et des puissances occidentales dans les années à venir. «Ces derniers vont procéder à des évaluations graduées de la situation dans chacun des pays qui sont impliqués dans l’internationale terroriste intégriste. Il s’agit d’une politique à long terme. C’est seulement à ce moment-là que l’on pourra voir comment l’Iran et le reste des pays musulmans qui ont contribué à l’émergence de ces mouvements vont réagir». Les Iraniens seraient peut-être enclins à renoncer à la politique de subversion qu’ils ont menée pendant près de 22 ans, souligne le sociologue. «Cela signifierait que le courant réformateur iranien qui prêche la normalisation avec les États-Unis et les pays d’Occident et prône le dialogue des civilisations est en train de paver la voie à une nouvelle ère post-islamiste dans les relations internationales», conclut le sociologue.
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