Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologies

Le monde arabe s’interroge toujours - sur les intentions véritables des États-Unis

Depuis les attentats-suicide qui ont frappé New York et Washington le 11 septembre, les scénarios de réactions possibles de la part des Américains se multiplient. L’éventualité d’une frappe militaire en Afghanistan reste plausible, les taliban ayant refusé de livrer Oussama Ben Laden. Toutefois, l’expédition qui serait menée contre l’Afghanistan ne sera pas, semble-t-il, l’unique opération que comptent mener les États-Unis. Ces derniers ont également annoncé une seconde expédition baptisée «L’aigle noble» qui reste toutefois imprécise, tant elle s’avère complexe dans sa mise en exécution. Définie comme étant «une guerre à long terme contre le terrorisme», cette opération suppose le ralliement de plusieurs pays, dont les États arabes appelés à se joindre aux Américains dans leur lutte antiterroriste. En déclarant la guerre à «tous les pays qui soutiennent le terrorisme», l’Administration américaine s’engage ainsi dans un conflit contre non seulement le réseau «terroriste» parrainné par le multimilliardaire et présumé auteur de l’attaque Oussama Ben Laden, mais également contre tout pays qui a «toléré, financé et protégé les terroristes», selon les termes du secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld. Après les appréhensions des régimes arabes, qui se sont empressés tour à tour de condamner l’attaque, ces derniers ont réclamé une définition claire du terrorisme, qui ne confondrait pas groupes terroristes et mouvements de résistance contre l’occupation, ou encore droit à l’autodétermination. Le ministre séoudien des Affaires étrangères s’est même opposé la semaine dernière à toute frappe qui viserait des pays tels que la Syrie ou des mouvements tels que le Jihad islamique, le Hamas ou le Hezbollah. Dimanche dernier, l’Arabie séoudite a rejeté l’idée de toute utilisation par les Américains de ses bases militaires pour lancer d’éventuelles attaques contre un pays tiers. Certains régimes arabes s’inquiètent et craignent en effet que la réplique militaire américaine ne se limite pas au seul Afghanistan, mais qu’elle s’étende à certains d’entre eux dont l’Irak ou dans une moindre mesure la Syrie, qui figurent encore sur la liste des pays qui encouragent le terrorisme établie par le département d’État. Ces craintes sont-elles pour autant justifiées ? Dans les milieux concernés, on affirme que les Américains n’envisagent pas pour le moment des ripostes militaires contre ces pays, leur objectif primordial étant l’éradication du réseau Ben Laden. Par contre, relèvent ces sources, l’Administration américaine pourrait recourir à des pressions politiques, diplomatiques et économiques comme moyen dissuasif pour faire «fléchir» les États arabes montrés du doigt, afin de les amener à coopérer dans le cadre de sa nouvelle stratégie. Parallèlement, Washington, qui tente de former une coalition pour lancer sa guerre contre les terroristes, a d’ailleurs vivement encouragé les États arabes, dont la Syrie et l’Iran, à se joindre à cette alliance. Tout en ménageant la sensibilité des Américains, plusieurs de ces États ont évité de se prononcer ouvertement en faveur de cette coalition, ne voulant pas s’embarquer dans une aventure aux objectifs imprécis, qui risquerait de se solder par une frappe contre un pays arabo-musulman. Pour ce qui est du Hezbollah, les Américains ne semblent pas – du moins pour l’instant – s’intéresser directement à ce dossier, n’ayant trouvé aucun indice qui incrimine ce mouvement. D’ailleurs, les USA auraient bien reçu le message libanais et arabe insistant sur le carcatère purement nationaliste et, par conséquent, légitime de l’action que mène ce parti à l’intérieur des territoires libanais. C’est plutôt du côté des camps palestiniens que semblent regarder les Américains. En effet, l’organisation libano-palestinienne Osbat el-Ansar, dirigée par Abou Mahjan, de son vrai nom Abdel Karim Saadi, a été citée il y a quelques jours par le président américain parmi les 27 organisations et personnes soupçonnées d’être associées à Ben Laden. Cette organisation possède des ramifications dans les camps palestiniens de Aïn el-Héloué et Nahr el-Bared. Véritables «îlots de sécurité», les camps palestiniens échappent depuis longtemps au contrôle de l’État libanais, qui n’a cessé d’affirmer depuis les attentats que sa politique a toujours consisté à lutter contre le terrorisme. Devant tant d’interrogations, le Proche-Orient reste dans le flou, et les cas de figure sur les attitudes à adopter par les pays de la région sont multiples. À toutes ces questions, trois analystes – un journaliste au Monde diplomatique, Walid Charara, un politologue, Farid el-Khazen, et un sociologue, Charles Chartouni – ont bien voulu répondre. Pour Walid Charara, le Proche-Orient ne sera pas épargné par cette crise. Les Américains exploiteront la situation en leur faveur pour étendre leur hégémonie sur la région, comme sur le reste du monde d’ailleurs. Une riposte militaire pourrait être envisageable au Proche-Orient et, selon lui, l’Administration américaine pourrait même en profiter pour exercer des pressions plus fortes sur les Palestiniens. Quant à Charles Chartouni et Farid el-Khazen, ils estiment que le dossier du Proche-Orient sera traité à part, notamment la question palestinienne et le problème du Hezbollah, d’autant plus qu’aucun lien n’a été établi entre les mouvements de résistance nationale et les auteurs des attentats. Farid el-Khazen estime que parmi les pressions que pourraient envisager les Américains, figure la question de l’envoi de l’armée au Liban-Sud.
Depuis les attentats-suicide qui ont frappé New York et Washington le 11 septembre, les scénarios de réactions possibles de la part des Américains se multiplient. L’éventualité d’une frappe militaire en Afghanistan reste plausible, les taliban ayant refusé de livrer Oussama Ben Laden. Toutefois, l’expédition qui serait menée contre l’Afghanistan ne sera pas, semble-t-il, l’unique opération que comptent mener les États-Unis. Ces derniers ont également annoncé une seconde expédition baptisée «L’aigle noble» qui reste toutefois imprécise, tant elle s’avère complexe dans sa mise en exécution. Définie comme étant «une guerre à long terme contre le terrorisme», cette opération suppose le ralliement de plusieurs pays, dont les États arabes appelés à se joindre aux Américains dans leur lutte...