Elles sont mignonnes à croquer. Volontaires, dégourdies, soucieuses de leur autonomie et décidées à ne pas ressembler à leur mère ! Les 14-18 ans d’aujourd’hui n’ont gardé des adolescentes du passé que le mal-être propre à leur âge, l’ambiguïté des élans et l’éternel «je t’aime – je te déteste» envers la créatrice de leurs jours... La distance entre elles et les beautés évanescentes de jadis est planétaire. Si Proust revenait sur terre, il trouverait le chemin pavé de pétales fanés. Ses jeunes filles en fleurs ressemblent à des momies face aux adolescentes actuelles. Même la relation mère-fille a évolué. L’autoritarisme protecteur d’antan a cédé le pas au consensus. La paix, certes, ne règne pas en permanence et la célèbre «crise d’adolescence» reste une étape dure à vivre dans le cercle familial. Mais les mères d’aujourd’hui ne sont pas celles du passé. Freud, sans le savoir, a beaucoup aidé à l’assainissement du climat. Plus averties, mieux tolérantes, les mamans d’aujourd’hui acceptent des marges de conduite plus élargies, des échanges plutôt que des confrontations. Même si l’ambiance n’est pas toujours paradisiaque, le duel séculaire est bien moins traumatisant que dans le temps. Cette place consentie à l’adolescence et à la prime jeunesse se reflète dans la mode. Pour la première fois dans l’histoire du vêtement, des créateurs et des financiers s’attellent à la difficile tâche d’habiller cet âge dit jadis «ingrat». Une nouvelle aile de la mode prit naissance et une mamelle nourricière supplémentaire s’est ajoutée aux autres secteurs traditionnels. Qui s’en plaindrait ? Le secteur est prospère et prometteur. Il s’étend de plus en plus en créant des emplois, et les jeunes, bien plus chanceux que leurs aïeux, disposent d’une mode qui évolue systématiquement avec le temps. Pour le budget familial, il s’agit d’un gouffre. Un véritable impôt évolutif qui s’accroît progressivement pour suivre l’évolution de l’offre... Mais qui peut refuser aux jeunes le plaisir de succomber aux tentations de leur âge ? Les jeans c’est pour maman... Les teen-agers actuelles, contrairement à leurs ainées, détestent s’habiller comme maman. Elles ont leurs vogues, leurs lubies, leurs «best-sellers». Mais maman aussi a opéré une réforme. La robe-chemisier à ceinture fine, le tailleur classique, la robe de dîner sont bel et bien de la préhistoire. Aujourd’hui, elle est en jeans et baskets si ce n’est en «over all» ou en bikini. Le prêt-à-porter désarçonné a mis du temps pour rattraper le train en marche... Mais maintenant ça y est... Il y a des habits neufs pour tous. Les teen-agers ont leurs marques, leurs créateurs, leurs modèles. Leur mode aussi. Les bons basiques que maman achetait en soldes, parfois en plusieurs exemplaires, «pour leur faire la saison», c’est de l’histoire très très ancienne. La société de consommation a parfaitement réussi son coup. Il y a aujourd’hui tout un marché, une industrie, un commerce affectés à «l’âge ingrat», totalement métamorphosé en âge de séduction. Les mamans ont bien reçu la leçon. Il y a aujourd’hui un nouveau protocole vestimentaire que toute famille soucieuse de sa quiétude domestique se doit de suivre. Les «ados» exigent une identité propre qui commence par l’habit. Même si «le moine» piétine dans ses études et joue souvent encore au bébé, il est impensable que son habit ne soit pas conforme aux vogues saisonnières fixées pour sa tranche d’âge. L’affrontement des générations a totalement balayé codes, frontières et hiérarchie familiale. Les jeunes ont leur mot à dire et ils le disent en tapant du pied. Zara, Kookaï et d’autres temples du même culte pavoisent... Ils sont les grands bénéficiaires de la réforme des mœurs. La guerre des jeunes contre les parents se fait à travers des achats. Et ils en sont les premiers (et grands) bénéficiaires...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Elles sont mignonnes à croquer. Volontaires, dégourdies, soucieuses de leur autonomie et décidées à ne pas ressembler à leur mère ! Les 14-18 ans d’aujourd’hui n’ont gardé des adolescentes du passé que le mal-être propre à leur âge, l’ambiguïté des élans et l’éternel «je t’aime – je te déteste» envers la créatrice de leurs jours... La distance entre elles et les beautés évanescentes de jadis est planétaire. Si Proust revenait sur terre, il trouverait le chemin pavé de pétales fanés. Ses jeunes filles en fleurs ressemblent à des momies face aux adolescentes actuelles. Même la relation mère-fille a évolué. L’autoritarisme protecteur d’antan a cédé le pas au consensus. La paix, certes, ne règne pas en permanence et la célèbre «crise d’adolescence» reste une étape dure à vivre dans...