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Actualités - Analyses

L’Arabie séoudite doit jouer serré entre pétrole et islam

Ténor de l’Opep, premier producteur et exportateur mondial de brut, allié des États-Unis mais aussi berceau de l’islam, l’Arabie séoudite doit jouer serré entre intérêts pétroliers et monde musulman. Certes, les Séoudiens, et l’Organisation des pays exportateurs de pétrole qui se réunit mercredi prochain à Vienne, ont garanti dès le lendemain des attentats de New York et Washington que l’approvisionnement des marchés serait assuré sans faille, ce qui a permis d’éviter une flambée des prix de l’or noir. Mais, depuis les événements aux États-Unis, le puissant ministre séoudien du Pétrole Ali al-Nouaïmi garde le silence, lui qui multipliait volontiers les déclarations avant les autres conférences de l’organisation. Interventions suivies à la loupe par toutes les salles de marché. Le sous-sol séoudien recèle près du quart des réserves mondiales prouvées de pétrole. Premier fournisseur de brut des États-Unis, Ryad produit quelque 8 millions de barils par jour (mbj), avec une capacité supplémentaire de production de plus de 2 mbj. Personne ne peut se passer de l’Arabie séoudite. Mais elle ne peut non plus se priver de ses recettes d’exportations pétrolières, qui ont atteint 77 milliards de dollars en 2000, selon la Saudi American Bank. Son économie est dépendante à près de 95 % du pétrole. Du fait de sa puissance, «c’est l’Arabie séoudite qui décide toujours de ce que l’Opep va faire ou ne pas faire», explique le directeur général de la Petroleum Finance Company à Washington. Ryad défend toujours bec et ongle l’objectif de prix de l’organisation, soit 25 dollars le baril pour le panier Opep. «Là, alors que les cours baissent, rien n’est dit sur les prix, ce qui prouve son malaise», estime Pierre Terzian, directeur de l’hebdomadaire spécialisé Pétrostratégies. Politiquement, l’Arabie, comme ses voisins, peut difficilement restreindre sa production pour doper les cours alors que l’Administration Bush demande un effort supplémentaire à l’Opep en terme d’offre. Mais la cohésion du cartel risque d’être mise à mal en cas de chute continue des cours. Le pays est aussi dans une position inconfortable en termes d’image : «Le royaume est très proche des États-Unis mais, d’un autre côté, des soupçons pèsent sur des ressortissants séoudiens dans les derniers attentats et les liens entre l’Arabie séoudite et les réseaux islamistes suscitent toujours des interrogations», relève un spécialiste de la région, sous couvert d’anonymat. «Même si Oussama Ben Laden a été déchu de sa nationalité séoudienne, sa famille reste puissante», ajoute-t-il, soulignant que «rien ne permet de dire que Ryad a cessé de financer des mouvements fondamentalistes». «L’Arabie séoudite va garder un profil bas. Une partie de la société séoudienne soutient les Américains, une autre prête l’oreille aux islamistes et, pour les politiques, le chemin est étroit», remarque Jean-François Giannesini, de l’Institut français du pétrole. «Même le Royaume, qui adopte toujours une position raisonnable et reste soucieux de préserver la croissance de la demande de brut, et ses parts de marché, ne pourrait aller à l’encontre des sentiments antiaméricains de sa population en cas de riposte de Washington jugée excessive», explique-t-il. D’autant qu’à l’intérieur du pays, certains reprochent déjà à leurs dirigeants de ne pas assez défendre les valeurs religieuses. Le chef de la diplomatie séoudienne, le prince Séoud al-Fayçal, a pour sa part mis en garde contre les risques d’élargir le fossé entre Occident et islam, à l’issue d’une rencontre avec le président américain George W. Bush à la Maison-Blanche. L’Arabie séoudite est le berceau du wahhabisme, doctrine musulmane qui prône l’application stricte de la charia (loi fondamentale).
Ténor de l’Opep, premier producteur et exportateur mondial de brut, allié des États-Unis mais aussi berceau de l’islam, l’Arabie séoudite doit jouer serré entre intérêts pétroliers et monde musulman. Certes, les Séoudiens, et l’Organisation des pays exportateurs de pétrole qui se réunit mercredi prochain à Vienne, ont garanti dès le lendemain des attentats de New York et Washington que l’approvisionnement des marchés serait assuré sans faille, ce qui a permis d’éviter une flambée des prix de l’or noir. Mais, depuis les événements aux États-Unis, le puissant ministre séoudien du Pétrole Ali al-Nouaïmi garde le silence, lui qui multipliait volontiers les déclarations avant les autres conférences de l’organisation. Interventions suivies à la loupe par toutes les salles de marché. Le sous-sol...