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Actualités - Chronologies

Les mots de l’islam et leur usage en Afghanistan

Fatwa, jihad, mollah, uléma, wahhabisme... les informations venant d’Afghanistan charrient des mots en usage dans la religion musulmane qu’il faut replacer dans le contexte bien particulier d’un régime revendiquant l’application d’un islam pur et intransigeant. En l’absence d’une autorité unique de l’islam, ces mots peuvent être l’objet d’un enjeu pour rallier des partisans parmi les musulmans du monde, pour lesquels la défense de l’islam garde un fort pouvoir mobilisateur. Dans l’islam, le spirituel et le temporel sont traditionnellement mêlés et les efforts de laïcisation entrepris par certains pays musulmans n’ont pas toujours été menés à leur terme, la tentation restant grande d’utiliser la religion comme élément de légitimité. Oumma (ou umma) : communauté des croyants à travers le monde. Mollah : dans la religion chiite (en vigueur en Iran), dignitaire cumulant des pouvoirs spirituel et religieux, juste en dessous de l’ayatollah. Le terme est plus rarement utilisé dans le sunnisme (l’islam majoritaire dans le monde y compris en Afghanistan). Le mollah Omar qui dirige l’Afghanistan s’est autoproclamé «chef suprême des croyants». Ce titre n’est reconnu que par ses partisans (dont Oussama Ben Laden). Jihad : ce terme de jihad (ou djihad), un mot arabe masculin cité par le Coran pouvant se traduire par «lutte» ou «effort», désignait du vivant du prophète Mohammed (VIIe siècle) la guerre contre les tribus païennes pour instaurer l’islam. Le terme a ensuite très vite pris un double sens : le premier, privilégié notamment par les responsables de l’islam en France, se réfère à l’effort que le croyant doit accomplir sur lui-même pour maîtriser ses passions (grand jihad). Le second évoque la défense de l’islam contre les agressions extérieures (petit jihad). Avec la disparition d’une autorité unique de l’islam, dès le VIIIe siècle, plus personne n’a détenu l’autorité pour parler au nom de l’ensemble de l’«oumma» et décréter une éventuelle «guerre sainte» de conquête. Des jihad défensifs ont en revanche été lancés, notamment pour protéger les lieux saints. Les taliban veillent à présenter un éventuel jihad contre les États-Unis comme une action défensive. Respectant la tradition à la lettre, ils ont convoqué un collège d’ulémas, des savants religieux représentant toutes les tribus d’Afghanistan (hormis la ligue du Nord qui était sous l’autorité des troupes du commandant Massoud jusqu’à la mort de ce dernier). Ces érudits de l’islam devront motiver leur décision (par exemple absence de preuve concernant la culpabilité de Ben Laden dans les attentats ou concernant la complicité du régime afghan, etc.). Parmi les populations des pays musulmans, restés à l’écart du développement technologique et économique, le terme de jihad revêt «une grande charge émotionnelle et mobilisatrice», a souligné l’anthropologue Malek Chebel, auteur du Dictionnaire des symboles musulmans (chez Albin Michel). Fatwa : avis religieux délivré par une autorité religieuse compétente et reconnue, s’adressant aux musulmans placés sous sa responsabilité. Sur le plan juridique, une fatwa lancée par le mollah Omar ou les ulémas afghans n’aurait pas d’effet sur le reste du monde musulman. Mais comme pour la fatwa lancée en 1989 par l’ayatollah Khomeyni contre l’écrivain Salman Rushdie, il faut compter avec les mouvements d’opinion qu’elle pourrait susciter. uléma : savant de la religion musulmane, spécialiste du droit musulman, indépendant du pouvoir politique. En Afghanistan, le pouvoir peut s’appuyer sur un corps d’ulémas conservateurs issu des différentes tribus ralliées au régime. Taliban : pluriel de taleb, étudiant. Initialement, les «étudiants en religion» des écoles théologiques, creuset du mouvement qui a pris le pouvoir à Kaboul. Aujourd’hui, la milice et les mercenaires qui le maintiennent au pouvoir. Medersa ou medrasa : école publique enseignant le Coran. Wahhabisme : mouvement religieux conservateur né en Arabie au 18e siècle, rejetant toutes les innovations dans l’islam. En vigueur en Arabie séoudite et prôné par des courants islamiques en Asie centrale. Charia (sharia) : «La voie». Désigne les préceptes islamiques. La plupart des pays musulmans s’en inspirent dans leur législation. Les pays fondamentalistes (Arabie séoudite, Soudan...) en font une application stricte. Le régime afghan en fait un usage particulièrement rigoureux et obscurantiste.
Fatwa, jihad, mollah, uléma, wahhabisme... les informations venant d’Afghanistan charrient des mots en usage dans la religion musulmane qu’il faut replacer dans le contexte bien particulier d’un régime revendiquant l’application d’un islam pur et intransigeant. En l’absence d’une autorité unique de l’islam, ces mots peuvent être l’objet d’un enjeu pour rallier des partisans parmi les musulmans du monde, pour lesquels la défense de l’islam garde un fort pouvoir mobilisateur. Dans l’islam, le spirituel et le temporel sont traditionnellement mêlés et les efforts de laïcisation entrepris par certains pays musulmans n’ont pas toujours été menés à leur terme, la tentation restant grande d’utiliser la religion comme élément de légitimité. Oumma (ou umma) : communauté des croyants à travers le monde....