Le New-Yorkais typique appelle à la reconstruction d’un World Trade Center plus grand et plus beau que celui qui a été détruit, mais dans un premier temps les proches des victimes des attentats de mardi contre les tours jumelles ne pensent qu’à rebâtir leurs vies brisées. De même, l’idée de remplacer les anciens gratte-ciel par un monument du souvenir semble à beaucoup prématurée. «Il s’agit, dans notre esprit, non pas de reconstruire les tours mais les vies des familles», note Antonio Urgese, un restaurateur qui attend désespérément des nouvelles de son neveu, porté disparu. «Ensuite, nous procéderons par étapes, pierre après pierre. Rome n’a pas été construit en un jour; cela a pris 3 000 ans», souligne Urgese, arrivé d’Italie à New York il y a 20 ans. Son neveu, Rocco «Nino» Gargano, 28 ans, était parmi les 700 employés de la société de courtage Cantor Fitzgerald, qui n’ont pas été revus depuis que deux avions, véritables bombes volantes, ont frappé les deux tours de 110 étages en provoquant vraisemblablement la mort de 5 000 personnes. Urgese ne veut pas penser non plus aux instigateurs du détournement des quatre avions, dont deux ont détruit les tours et un autre une partie du Pentagone, près de Washington, tandis que le dernier s’écrasait dans un champ en Pennsylvanie (est), entre New York et la capitale fédérale. «Je ne veux pas parler de revanche pour l’heure. Nous devons arrêter cela, c’est tout», ajoute-t-il. Fred Torres, qui cherche sans grand espoir des nouvelles de son cousin Nestor Chevalier, porté manquant, ne peut pas penser à l’avenir, non plus. «Des choses comme cela, il est impossible que ça arrive dans votre propre famille», dit-il en brandissant une photo de son cousin. «Il est vraiment comme mon frère», dit-il de Nestor, qui travaillait également pour Cantor Fitzgerald. «Nous avons assez de difficultés à régler dans le présent pour ne pas penser à l’avenir», lance-t-il. La plupart des parents et amis des victimes venus aux nouvelles à l’ancienne armurerie de Lexington Avenue, où a été installé un centre pour l’identification des disparus, partagent cet avis. «À terme, il faudra rebâtir l’économie et les tours, mais pour le moment, ce n’est pas la chose la plus importante», souligne Kathleen Cascio, dont le père de son fiancé, Frank Moccia, n’a pas été vu depuis l’écroulement des tours. Frank avait survécu à l’attentat à la bombe de 1993 contre le World Trade Center. Mais parmi les New-Yorkais qui n’ont pas été affectés directement par la tragédie, beaucoup estiment que le World Trade Center doit être reconstruit, tel un phœnix renaissant de ses cendres. «Certaines personnes diront qu’il faut ériger un mémorial, mais le monde des affaires insistera pour rebâtir un nouveau centre», déclare un chauffeur de taxi, Ali Showcat, du quartier de Queens. «Ils devraient le reconstruire, peut-être plus grand», note-t-il. «Ils disposent de 40 milliards de dollars», promis jeudi par le président George W. Bush, «ce sera un challenge», ajoute-t-il. Comme beaucoup de New-Yorkais, Showcat est né à l’étranger. Dans son cas, au Bangladesh. «Mais je me considère comme un véritable Américain», affirme-t-il, même si, en tant que musulman, il s’est attiré ces derniers jours des remarques désobligeantes de certains de ses clients. Il ne faut pas penser au risque de voir les nouvelles tours devenir la cible de terroristes, selon lui : «Il s’agit d’un symbole important. La sécurité sera renforcée à l’avenir. Nous ne pouvons pas laisser quelques pervers nous dicter» notre conduite, conclut-il.
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