L’Iran, en condamnant immédiatement les attentats survenus le 11 septembre aux États-Unis et en adoucissant depuis les slogans anti-américains, semble avoir adopté un ton nouveau vis-à-vis de Washington qui le considère pourtant toujours comme un État terroriste. Les condamnations iraniennes, réitérées avec force par le clergé, y compris conservateur, ne traduisent toutefois pas de changement politique, l’Iran estimant que Washington a sa responsabilité dans les événements, puisqu’elle ne «s’attaque pas au terrorisme à la racine, et qu’elle continue de soutenir» Israël, a déclaré un responsable iranien sous couvert d’anonymat. Téhéran, qui avait dénoncé avec modération la guerre du Golfe en 1991 contre son ancien ennemi l’Irak, n’a pas pris position sur une éventuelle intervention américaine contre ses principaux adversaires dans la région, les taliban en Afghanistan, où réside le terroriste présumé Oussama Ben Laden, soupçonné par les États-Unis d’avoir commandité ces attentats. La neutralité, voire la bienveillance iranienne, de même que l’autorisation de survol de son territoire pourraient être sollicitées pour une opération qui aurait, quoi qu’il advienne, des retombées importantes pour l’Iran et les relations irano-américaines, rompues depuis 22 ans. Le représentant de l’opposition afghane au régime des taliban à Téhéran, Mohammad Kheirkhah, n’a pas rejeté le principe d’une telle opération, dès lors qu’elle ne vise que les taliban et Ben Laden, et qu’elle «épargne» la population. Mais jeudi, un journal proche du gouvernement, Iran Daily, s’était prononcé contre et avait indiqué que «le vrai combat contre le terrorisme et ses sponsors nécessite quelque chose de plus que la revanche ou les représailles». Depuis le 11 septembre, plusieurs signes sans précédent depuis la Révolution islamique de 1979, qui a désigné les États-Unis comme le «Grand Satan», ont été relevés, notamment la couverture sobre des événements par la télévision, la non perturbation d’un rassemblement de jeunes, l’absence de slogans antiaméricains à la prière du vendredi et la minute de silence observée par les 40 000 spectateurs d’un match de football Iran-Bahreïn, disputé vendredi. «Tous ces faits sont des éléments positifs. Il y a d’abord le message de condamnations du président Mohammad Khatami, l’émotion de la population, la prière du vendredi qui a également condamné les attentats», a indiqué Guillaume Metten, ambassadeur de Belgique, pays qui préside l’Union européenne et où vient de se rendre le ministre iranien des Affaires étrangères, Kamal Kharazi. Le diplomate a souligné «l’insistance» de l’Iran à exprimer «son hostilité au terrorisme», dont il s’estime victime de la part des Moudjahidine du peuple, opposition armée basée en Irak et qui mène des opérations meurtrières en Iran. «Les pays européens font cette analyse qu’il y a des possibilités d’entente à terme» entre les États-Unis et l’Iran, a ajouté M. Metten. «Jusqu’ici, l’Iran n’a pas été mêlé à cette affaire. Les États-Unis n’ont rien dit contre Téhéran», relève le professeur de sociologie politique Chahdod Rahmani-Pour, professeur de sociologie politique. «Les États-Unis, après le drame et l’humiliation qu’ils ont subis, vont devoir réviser leur politique et auront besoin de la coopération de tout le monde, y compris de l’Iran», explique-t-il.
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