«Pearl Harbor» : les Européens sont persuadés que les attentats terroristes perpétrés mardi contre les États-Unis bouleverseront la donne politique et économique internationale, comme seul peut le faire un acte de guerre comparable selon eux à l’attaque japonaise de 1942. Conscients de la gravité du moment, les ministres des Affaires étrangères des Quinze ont décidé de tenir une réunion extraordinaire dès mercredi à Bruxelles, une célérité rarissime dans les annales de l’Union européenne. Dans une interview accordée à Reuters quelques minutes après les attentats, le commissaire européen aux Relations extérieures, Chris Patten, est apparu extrêmement préoccupé. «C’est un acte de guerre commis par des fous», a-t-il dit. «C’est la pire attaque contre les États-Unis depuis Pearl Harbor», a-t-il ajouté en faisant référence à d’autres situations de crises internationales, comme à Cuba ou à Suez. Pour lui, pas de doute, l’heure est grave. «C’est un de ces jours dans une vie dont on peut vraiment dire qu’il va tout changer», a-t-il poursuivi. Tous ont appelé les Européens à serrer les rangs autour des États-Unis contre ce que le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, ainsi que le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, au nom de l’UE, ont qualifié d’«acte de barbarie». «Ce n’est pas seulement un peuple, c’est une civilisation qui a été attaquée», a déclaré Enrique Baron Crespo, le chef du groupe socialiste du Parlement européen. Les États membres de l’Union européenne débattront dès mercredi des conséquences de ces attentats. Pour Chris Patten, les Américains donneront maintenant la priorité à la lutte contre le terrorisme. «Cela signifiera que la lutte contre le terrorisme international dominera l’ordre du jour international jusqu’à ce qu’il soit vaincu», a-t-il expliqué. Les Quinze devraient d’autant plus s’aligner sur les États-Unis qu’ils se savent eux aussi menacés par des attentats. Selon des sources de l’Otan, le déploiement de batteries antimissiles sur le tarmac de l’aéroport de Gênes, en juillet dernier, lors du sommet du G8, s’explique par des informations recueillies sur l’existence de telles menaces. Le président de la commission Justice et Affaires intérieures du Parlement européen, le libéral-démocrate britannique Graham Watson, a exhorté les Quinze à coopérer. «Les horribles attaques contre les États-Unis (...) démontrent le besoin d’une coopération internationale plus étroite dans la lutte contre le terrorisme», a-t-il dit. Guy Verhofstadt n’a pas dit autre chose lorsqu’il parlait de «combattre (le terrorisme) avec tous les moyens disponibles». Même si les Européens ne paraissent pas céder à la panique – l’Otan n’a pas évacué mardi son quartier général, demandant seulement au personnel non indispensable de rentrer chez lui –, les mesures de sécurité ont été considérablement accrues. Les attentats devraient également modifier la donne au Proche-Orient au moment où les Européens s’efforçaient de faire renaître les perspectives de paix et de réengager les États-Unis dans cette région du monde où ils étaient en retrait depuis l’élection de George W. Bush à la Maison- Blanche. «Je crains que les conséquences soient immenses sur l’ensemble du Proche-Orient», a dit le député français Pierre Lellouche (RPR), un spécialiste des relations internationales. Enfin, même si ce n’est pas la préoccupation immédiate, l’impact sur l’économie mondiale devrait être lourd. Alors que de timides signes de reprise se manifestaient aux États-Unis, les attentats ont fait grimper les cours du pétrole en flèche – un des facteurs qui avaient précisément entraîné le ralentissement économique aux États-Unis et dans le monde – et les marchés des actions ont plongé dans le rouge. La nouvelle est mauvaise au moment où les Quinze d’apprêtent à lancer leur monnaie unique.
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