Encore sous le choc de l’attentat de dimanche qui a coûté la vie à deux des leurs, les colons juifs implantés dans la vallée du Jourdain (Cisjordanie) se sentent abandonnés par le gouvernement israélien. Quelque 200 colons de cette région ont manifesté leur mécontentement lundi matin devant la présidence du Conseil à Jérusalem, au lendemain de l’attaque palestinienne contre un véhicule de ramassage d’enseignants qui a fait deux morts, le chauffeur et une enseignante. Brandissant des drapeaux israéliens et des banderoles, ils ont dénoncé leur «abandon» par le Premier ministre Ariel Sharon, pour lequel ils avaient pourtant voté massivement en février. En outre, les écoles et les services municipaux des colonies de la vallée du Jourdain, qui regroupent environ 5 000 personnes, étaient en grève lundi. «Nous ne demandons pas de l’aide, nous exigeons qu’Ariel Sharon tienne ses promesses de nous soutenir», a déclaré l’un des manifestants, Yoav Noy, en faisant allusion à la récente visite effectuée dans la vallée du Jourdain par le chef du gouvernement israélien. Au cours de cette visite, M. Sharon avait affirmé que cette région stratégique demeurerait «à jamais aux mains d’Israël» et s’était engagé à faire pleuvoir une manne budgétaire sur ces colonies. Depuis le début de l’intifada, le 28 septembre 2000, les habitants de la vallée du Jourdain sont en proie à des difficultés financières de plus en plus considérables, les Israéliens évitant cette région de peur de faire l’objet d’attaques. Selon Orit Artzieli, porte-parole du conseil régional, «certaines familles n’ont plus de quoi nourrir leurs enfants». L’attentat de la veille, perpétré en plein jour, sur l’axe principal reliant la vallée du Jourdain au nord et au sud d’Israël, a encore renforcé le sentiment d’abandon des habitants de la région, ajoute-t-elle. Selon les chiffres officiels, plus de cinquante familles ont quitté cette zone depuis le début de l’intifada, le 28 septembre 2000. Des colons ont confié qu’ils seraient prêts à suivre le mouvement si le gouvernement pouvait leur verser des dédommagements leur permettant de se réinstaller ailleurs. David Lévy, président du conseil régional depuis 10 ans et militant du Likoud, la formation de M. Sharon, se veut toutefois optimiste. «Jamais Sharon n’abandonnera la vallée du Jourdain. C’est un homme de parole», dit-il. Le directeur du cabinet du Premier ministre, Uri Shani, a affirmé aux manifestants que des représentants du gouvernement se rendraient sur place dès aujourd’hui pour évaluer les besoins de la région. «Les gens ne pensent qu’à partir, c’est la catastrophe, mais le terrorisme ne nous brisera pas, nous continuerons à développer cette région malgré les difficultés», assure l’une des manifestantes, Shoulamit Kaminsky, habitante de l’implantation de Sdemot Mekhola, dans le nord de la vallée du Jourdain. Deux de ses voisines, enseignantes, ont été blessées dans l’attaque de dimanche, revendiquée par le mouvement radical palestinien du Jihad islamique. Mme Kaminsky est responsable de l’intégration des nouvelles familles de colons auprès du conseil régional. Dix nouvelles familles, affirme-t-elle, sont venues cette année s’installer dans la région, mais «elles pourraient plier bagages si la situation sécuritaire ne s’arrange pas rapidement». Elle ajoute : «Si le gouvernement ne nous vient pas en aide rapidement, la vallée ne sera plus qu’un désert».
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