La Macédoine, seule république de l’ex-Yougoslavie à avoir accédé pacifiquement à l’indépendance, aborde le 10e anniversaire dans une atmosphère morose, réduite qu’elle est à lutter pour sa survie. Sept mois après le début de la rébellion albanophone, la Macédoine compte des dizaines de morts, plus de 100 000 personnes déplacées, des villages détruits et une économie exsangue. Le conflit entre la minorité albanophone et la majorité slave a ébranlé les fragiles fondations du pays et fait craindre un possible éclatement. Le mois dernier, les deux parties ont signé un accord de paix prévoyant des amendements constitutionnels accordant davantage de droits aux albanophones en échange du désarmement de l’Armée de libération nationale (UCK). «Nous avons un bon accord, mais il ne met pas un terme à la crise, il ne fait qu’ouvrir le processus de paix», estime Lubomir Frcjovski, professeur à l’université de Skopje, qui a contribué à la rédaction de la Constitution de 1991. Plus sceptique, James Pettifer, un spécialiste des Balkans, note que la communauté internationale peut toujours contraindre un petit pays à conclure un accord, mais que le problème est de l’appliquer. Les Occidentaux avaient cité la Macédoine comme un exemple de coexistence entre communautés, à la différence de la Bosnie puis de la Serbie, déchirée par la guerre du Kosovo. Mais pour M. Pettifer, ce n’était qu’un écran de fumée. Des violences avaient déjà éclaté à plusieurs reprises dans les années 1990 lorsque la police avait tenté de fermer la nouvelle université albanophone de Tetovo, ville à 80 % albanophone, et avait déchiré des drapeaux albanais hissés devant les mairies de Tetovo et Gostivar. Une demi-douzaine de personnes avaient été tuées, pour la plupart albanophones. En définitive, nous n’aurions pas pu éviter ce type d’affrontement régional. La seule chose que nous aurions pu éviter, c’est d’aborder la crise sans y être préparés, conclut Frckovski. La nécessité de réformes institutionnelles a été trop longtemps laissée de côté, non seulement par le gouvernement de Skopje mais aussi par les autorités internationales qui se préoccupaient davantage des crises en Bosnie, en Croatie, en Serbie et au Kosovo. Les dirigeants occidentaux ne commencent à s’intéresser à un problème que lorsque le sang commence à couler, déplore M. Pettifer.
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