Un vent d’optimisme teinté d’expectative a soufflé vers la fin de la semaine sur le marché des changes de Beyrouth à l’annonce jeudi d’un projet de budget 2002 qualifié de «budget de confiance et de redressement» dans la mesure où il ambitionne de réduire les déficits publics de 50,5 % pour cette année à 40 % l’an prochain. L’objectif de maîtriser les dépenses gouvernementales et d’accroître les recettes du Trésor, afin de réduire la dette publique et son service, a été accueilli avec soulagement par les organismes économiques et la communauté financière, dans l’espoir qu’il contribuerait à assainir les finances publiques et paver la voie à la tenue de la deuxième réunion des amis du Liban dans le cadre de la conférence «Paris 2» destinée à venir en aide au pays dans la gestion de la dette publique. Le dollar, activement recherché auparavant pour des considérations en rapport non seulement avec l’assombrissement du climat politique intérieur mais surtout avec les inquiétudes suscitées par la détérioration des finances publiques, commençait à être graduellement délaissé en dehors des besoins commerciaux courants du pays. Mais, ce mouvement ne s’est pas encore accompagné du moindre regain d’intérêt pour les placements en livres libanaises, comme en témoigne toujours la pénurie d’offre du billet vert en dehors du circuit de la Banque du Liban (BDL) afin de subvenir aux besoins de la demande en cette monnaie. Selon les milieux cambistes de la place, l’ambiance du marché est restée en général à l’expectative, dans l’attente de l’approbation définitive de ce projet de budget par le Conseil des ministres la semaine prochaine et de sa concrétisation par la Chambre des députés ultérieurement. Ce phénomène a donc incité les opérateurs à opter pour le wait and see. Cela étant, l’action de la BDL est restée le principal facteur déterminant de la tendance qui n’a pas d’ailleurs subi le moindre changement. En maintenant ainsi sa fourchette d’intervention en l’état, entre 1 501,00 LL à l’achat et 1 514,00 LL à la vente, celle-ci est parvenue à faire fixer le dollar invariablement, de lundi à vendredi, au même taux moyen indicatif de 1 507,50 LL, comme depuis déjà deux ans. Mais, eu égard à l’absence d’offres du billet vert en dehors de la BDL, les établissements de crédit ont continué de le négocier effectivement au point supérieur de cette fourchette d’intervention, soit à 1 514,00 LL, comme depuis déjà le 8 février dernier. En conséquence, l’activité, qui s’est limitée à la satisfaction des besoins commerciaux de la demande en devises, s’est contractée ces derniers jours, pour ne pas dépasser sur toute la semaine quelque cinquante millions de dollars, presque entièrement placés à la vente par la BDL à 1 514,00 LL, à en croire les milieux cambistes. Les marchés des changes à l’écoute des chiffres américains À l’étranger, l’euro a fait du yoyo cette semaine au gré des chiffres américains, glissant sous la barre de 0,89 dollar mardi, déprimé par une amélioration inattendue du secteur manufacturier aux États-Unis, avant de reprendre de la hauteur hier grâce à une hausse également inattendue du chômage dans ce pays. La monnaie unique européenne a été ballottée cette semaine, démarrant au-dessus de la barre de 0,90 dollar avant de plonger sous le seuil de 0,89 dollar mardi pour repasser au-dessus de 0,90 dollar à nouveau hier, profitant d’une hausse plus importante que prévue des suppressions d’emplois aux États-Unis et d’une forte baisse de Wall Street. Mardi, l’euro s’était replié sous la barre de 0,89 dollar, pour la première fois depuis début août, affaibli par une hausse de l’indice américain NAPM, signe d’une amélioration du secteur manufacturier aux États-Unis. L’indice composite d’activité établi par l’Association nationale des directeurs d’achats des entreprises manufacturières américaines (NAPM) a progressé de 4,3 points en août par rapport à juillet pour s’établir à 47,9 points. Les analystes tablaient sur une hausse de seulement 0,4 point à 44 points de cet indicateur de conjoncture. «L’indice NAPM semble avoir été le catalyseur pour faire baisser l’euro», et les cambistes commencent à anticiper un redressement de la production industrielle aux États-Unis, a estimé une analyse de la banque ING Barings. La semaine dernière, un indice des directeurs d’achats de la région de Chicago avait fait renaître l’optimisme en montrant que le cycle économique pourrait avoir atteint son plancher et serait sur la voie de la reprise. Cette nouvelle vague d’optimisme ne tardait pas à retomber dès jeudi à l’annonce de la même association des directeurs d’achats américains (NAPM) que son indice mesurant l’évolution du secteur non manufacturier aux États-Unis a fléchi de 48,9 points en juillet à 45,5 points le mois dernier, alors que les analystes de cet organisme tablaient sur une hausse, à 49,3 points. Ce développement est venu donc rappeler que les États-Unis ne sont pas encore sortis du tunnel, déclenchant un mouvement de dégagement sur le dollar au profit surtout de l’euro. Ce mouvement a été renforcé hier à la publication des chiffres de l’emploi aux États-Unis qui ont montré que le chômage a augmenté de 4,5 % en juillet à 4,9 % de la population active le mois dernier et que l’économie a perdu 113 000 emplois nets contre 13 000 pendant la même période, alors que les analystes tablaient généralement sur un taux de chômage de 4,6 % et sur 43 000 suppressions d’emplois seulement. Ces chiffres ont donc ramené les investisseurs à leur point de départ sur l’économie américaine et ils ont fait ignorer aux cambistes les mauvaises nouvelles en provenance de l’Allemagne, où les chiffres sur la production industrielle ont été plus mauvais que prévu. La production industrielle dans la première économie de la zone euro a reculé une nouvelle fois en juillet en raison d’une baisse de la demande des biens d’équipements, confirmant ainsi la menace de récession sur ce secteur dans ce pays. Compte tenu de toutes ces considérations et en attendant l’évolution des marchés boursiers américains ces prochains jours ainsi que les chiffres sur les ventes de détail aux États-Unis pour le mois d’août, le dollar devait freiner sa hausse face aux autres grandes monnaies, notamment l’euro, se négociant à la fin de cette semaine à New York en comparaison avec la fin de la semaine dernière, comme suit : – 0,9055 pour un euro contre 0,9110, vendredi dernier – 1,4610 pour un sterling contre 1,4545 – 2,1600 DM contre 2,1470 – 7,2440 FF contre 7,2005 – 1,6755 FS contre 1,6610 – 2 138,35 lires contre 2 125,45 – 120,15 yens contre 118,80. Semaine fébrile sur les grandes Bourses Sur les places boursières internationales, les investisseurs ont liquidé massivement vers la fin de cette semaine à Wall Street et sur la Bourse électronique Nasdaq, faisant passer les principaux indices de ces deux places à leur plus bas niveau depuis début avril dernier. Ces indices s’étaient quelque peu ressaisis au lendemain du chômage de la fête du travail aux États-Unis (Labour Day) au début de la semaine grâce à une chasse aux bonnes affaires, avant de retomber dans le rouge dès jeudi en raison de liquidations massives dans les technologiques et les télécommunications dont le plongeon a éclipsé les commentaires rassurants d’Intel sur ses résultats. L’action Microsoft, deuxième plus grosse capitalisation boursière américaine après General Electric, s’est ressentie de la décision du département de la Justice aux États-Unis de renoncer à demander le démantèlement de cette société qu’il poursuit pour pratiques monopolistiques. Il en est de même de Motorola qui a plongé après avoir indiqué qu’il risquait d’enregistrer une perte proforma de 5 à 8 cents par action, alors que la moyenne des attentes était d’une perte de 5 cents, et qu’il allait supprimer 2 000 emplois supplémentaires en raison de difficultés rencontrées sur le marché des téléphones portables. Bien qu’Intel eut rassuré les opérateurs que son chiffre d’affaires au troisième trimestre serait vers le bas de sa fourchette de prévisions et que l’activité des microprocesseurs manifeste plus de force au deuxième semestre, le détérioration du marché du travail aux États-Unis, le mois dernier, a été démoralisante. Bien que le rapport de l’emploi devrait encourager la Réserve fédérale (Fed) à baisser davantage son principal taux directeur le mois prochain pour relancer l’économie, la tendance est restée à la baisse à la fin de la semaine. En effet, l’indice composite Nasdaq a dû abandonner 6,44 % d’une huitaine à l’autre, en retombant de 1 805,43 points à 1 689,15 points en préclôture hier, ainsi que l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles qui a reperdu 3,48 % à 9 603,08 points contre 9 949,75 points pendant la même période. De leur côté, les marchés boursiers européens ont également dégringolé dans le sillage de Wall Street et du Nasdaq, tombant à la fin de cette semaine à leur plus bas depuis février 1999. Ils ont pâti aussi des mauvaises nouvelles en provenance des grandes sociétés européennes de télécommunications, comme Alcatel, Marconi, France Télécom, Deutsche Telekom qui ont lancé des alertes sur leurs résultats trimestriels. En effet, l’indice Extra Dax de la Bourse de Francfort a reperdu cette semaine 8,82 % à 4 730,67 points contre 5 188,17 points à la fin de la semaine dernière, ainsi que l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris qui a abandonné 5,88 % à 4 413,51 points contre 4 689,34 points et l’indice Footsie de la Bourse de Londres qui a cédé 5,14 % à 5 070,30 points contre 5 345,00 points pendant la même période. Enfin, la Bourse de Tokyo s’est ressentie des mauvais chiffres du Produit intérieur brut (PIB) japonais qui ont baissé de 0,8 % au deuxième trimestre par rapport au premier, soit à un rythme annuel de 3,2 %. Elle a, en effet, connu un nouvel accès de faiblesse, faisant dégringoler l’indice Nikkei de 10 713,51 points à la fin de la semaine dernière à 10 516,79 points à la fin de cette semaine, en baisse de 1,84 % en moyenne.
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