Il est né à Jérusalem bien avant 1967 et il est «Palestinien de la Ville sainte», pas un «Arabe israélien». Le mufti de Jérusalem, cheikh Akrama Sabri, est un homme affable, chaleureux, doté des talents du diplomate. Dans un entretien avec L’Orient-Le Jour, il a brièvement dressé l’état des lieux de la résistance palestinienne et de l’intifada au quotidien. «En Palestine, les règles élémentaires des droits de l’homme ne sont pas respectées, et la situation de nos villages et de nos localités coupées les unes des autres est inhumaine», indique-t-il. «Nos hôpitaux manquent de médicaments, des médecins sont même tués devant leur lieu de travail, c’était le cas à Hébron il y a quelques jours», rappelle-t-il. À cause du bouclage des Territoires, beaucoup de malades ne sont pas transportés aux hôpitaux. «Parfois, quand un village ou une petite localité est bouclé, des femmes enceintes accouchent dans les voitures qui attendent devant les barrages israéliens. Ces derniers ont aussi l’habitude de tirer sur les ambulances», explique-t-il. «Nous vivons une situation inhumaine, et les médias occultent nos malheurs quotidiens», indique-t-il. Et de poursuivre : «Si un enfant juif est tué, c’est le monde entier qui s’agite, des dizaines d’enfants palestiniens meurent mais l’ampleur – dans le monde – n’est pas la même». Qui en est responsable, le lobby juif ? «Certes, ils tiennent les médias occidentaux, mais ceci relève un peu de notre faute. Nous avons l’habitude de nous mettre en scène et nous en sommes réduits au monologue», déclare-t-il. Et d’ajouter : «Nous ne parlons pas la langue de l’Occident pour faire parvenir notre message». «C’est vrai, on fait des pas en avant, mais beaucoup reste à faire dans ce domaine», relève-t-il. Évoquant la situation à Jérusalem, il indique que les pertes ont touché les deux camps israélien et palestinien. «Les hôtels à l’est de la Ville sainte et les magasins de souvenirs ferment leurs portes, mais c’est le cas aussi de Jérusalem-Ouest», indique-t-il. «Quel touriste pourrait être tenté par un pays en guerre ?», demande-t-il. Qu’en est-il de l’émigration ? «Elle est plus élevée dans le rang des juifs ; le taux de Palestiniens qui quittent leur terre natale est réduit», déclare-t-il. Est-ce que les hommes de religion qui soutiennent l’intifada subissent des pressions plus que les civils ? «Oui, la presse israélienne nous mène une guerre psychologique ; on nous accuse même d’antisémitisme. Et puis, nous valons beaucoup moins que les martyrs qui ont versé leur sang pour la Palestine», dit-il en souriant. Pour le mufti de Jérusalem, «l’intifada doit se poursuivre pour empêcher la droite israélienne, qui a pour cible actuellement l’esplanade des Mosquées, d’imposer sa domination». «Les Palestiniens doivent défendre leur présence dans les lieux saints, car, si la mosquée d’al-Aqsa et l’église du Sépulcre n’existaient pas, nous aurions disparu», dit-il. Et de souligner : «Nous protégeons les lieux saints parce qu’ils nous protègent». Comment évalue-t-il la situation des Palestiniens qui ont réussi, avec l’intifada, à changer la donne ? «Il faut mettre en évidence que nous ne sommes pas unis géographiquement ; chaque groupe a une situation particulière, que ce soit à Jérusalem, à Gaza, en Syrie, au Liban… Mais, malgré ces différences, nous resterons unis, car nous constituons un seul peuple», explique-t-il. «Malgré cette situation bien particulière, chacun fait ce qu’il peut pour aider la mosquée d’al-Aqsa et soutenir l’intifada», ajoute-t-il. Cheikh Sabri, qui depuis le début de l’intifada «condamne les actes criminels perpétrés par Israël mais impute également une certaine responsabilité au laxisme des Arabes», qualifie «d’insuffisant» le soutien arabe et musulman à l’intifada. «Si les Israéliens nous prennent encore pour cibles, c’est parce que les Arabes n’ont pas adopté une position unie pour soutenir l’intifada», souligne-t-il. Mais, à un moment, les Palestiniens eux-mêmes n’avaient pas une position et une seule vis-à-vis de la Palestine. Pour le mufti de Jérusalem, qui estime que les Israéliens feront marche arrière, «cette histoire fait partie du passé».
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