L’Iran connaît un foisonnement de nouveaux mouvements politiques depuis la première élection du président modéré Mohammad Khatami il y a quatre ans avec 154 organisations existantes et une cinquantaine d’autres qui demandent leur agrément. Ces chiffres, communiqués hier par le ministère de l’Intérieur iranien, mettent en lumière un phénomène saisissant puisque seulement 39 partis et associations politiques existaient officiellement en 1997, date du début du premier mandat du président Khatami. Cette tendance ne saurait cependant masquer le fait que très peu d’organisations politiques disposent d’une structure et d’une audience nationales et qu’ils doivent se conformer au strict cadre prévu par la loi. Pour fonctionner, les partis doivent être homologués par une Commission ad hoc sous la tutelle du ministère de l’Intérieur et en accord avec la Constitution. Ils doivent situer toute leur action dans le cadre de la République islamique. «Le nombre est impressionnant, mais ces groupements nouvellement créés s’apparentent plus à des ONG (organisations non gouvernementales) ou groupes de pression professionnels qu’à des acteurs de la vie politique», explique le politologue Iradj Rachti. Il parle même d’un «recul» depuis 1997 pour les libertés publiques avec l’interdiction par la justice du Mouvement de libération de l’Iran (MLI, islamiste progressiste) fondé par l’ancien Premier ministre Mehdi Bazargan. Bien qu’officiellement interdit depuis des années, le MLI, principal mouvement d’opposition en Iran, était toléré. Cela jusqu’à mars dernier, lorsqu’il devint la cible d’un mouvement de répression. Nombre de ses membres ont été emprisonnés. «Khatami avait promis de faire avancer la société civile et la liberté politique qui lui est très chère. Ces autorisations massives sont le signe qu’il tient ses promesses et cela va se renforcer pendant son second mandat. C’est un début de démocratie», indique Chahrdod Rahmanipour, professeur de sociologie politique. «Mais ce ne sont pas des décisions administratives qui créent les partis politiques. Il faut des personnalités pour les incarner, et elles sont rares», ajoute-t-il. En réalité, les nouvelles organisations sont pour la plupart très petites et seuls trois mouvements politiques – deux associations religieuses et un parti –, influencent véritablement la vie politique iranienne. Des deux associations, l’une est classée «à gauche» – l’Association des religieux combattants (ARC) –, l’autre «à droite» – l’Association du clergé combattant (ACC). Elles regroupent d’anciens acteurs de la révolution islamique de 1979. L’ARC, dont le président Khatami est un membre dirigeant, fédère les anciens radicaux du régime devenus au fil des ans «réformateurs», tel l’influent président du Majlis (Parlement iranien), Mehdi Karoubi. Elle demeure prépondérante dans les rouages du pouvoir et semble se renforcer avec la nomination du nouveau gouvernement et celle dimanche d’un vice-président, Ali Abtahi, proche parmi les proches de Khatami. Électoralement parlant, c’est pourtant un parti non religieux de création récente (1998), le Mocharekat (Front de la Participation), dirigé par Mohammad-Reza Khatami, frère du président, qui est de loin le plus puissant. Environ 120 des 290 députés lui sont affiliés. Le Mocharekat est la cible fréquente des institutions du régime dominées par les conservateurs. D’autres partis réformateurs tirent leur épingle du jeu, dont le Kargozaran («constructeurs»), dont l’ancien ministre de la Culture et de l’Information Ataollah Mohadjerani, considéré comme le fils spirituel de M. Khatami, est l’un des principaux dirigeants. Il revendique une trentaine d’élus. Plus petits encore sont le Parti islamique du travail (PIT, gauche socialiste) et le Parti de la solidarité islamique (PSI) ainsi que l’Organisation des Moudjahidine de la révolution islamique (Omri). Outre le MLI, un autre parti «historique», le Front national iranien vit dans la précarité, ses membres risquant à tout moment la prison.
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