«Quand j’étais à l’école, on faisait de la géométrie. Ils nous ont dit que c’était une table ronde», lance le président sud-africain Thabo Mbeki en désignant d’un geste du bras une douzaine d’autres «Excellences» assises autour d’un tapis vert en... fer à cheval. «Ça doit être une invention de l’Onu». Éclats de rires et persiflages à l’appui, la «table ronde» de chefs d’État qui a marqué la première journée de la conférence des Nations unies contre le racisme s’est démarquée des habituels cénacles compassés des rencontres internationales par une inhabituelle liberté de ton, certes «contrôlée». Les présidents n’ont pas tous pris la parole, et M. Mbeki n’a pas hésité à les rappeler gentiment à l’ordre, saluant un long exposé du président sénégalais Abdoulaye Wade d’un «si j’étais plus jeune, je serais tenté d’être votre étudiant», faisant remarquer au Cubain Fidel Castro qu’il lui avait glissé depuis quelques minutes un billet pour lui demander d’abréger... avec succès, malgré quelques protestations pour la forme. Puis, 14 présidents, un secrétaire général de l’Onu et une brochette de «VIP» ont sagement écouté s’exprimer la société civile, rebondissant parfois sur les propos des représentants d’ONG, dans une sorte d’agora rafraîchissante. Certes, M. Mbeki distribuait la parole selon une liste visiblement en grande partie étudiée, mais un des premiers intervenants, représentant «la Jamaïque» a plaidé pour que les ONG non accréditées à la session d’ouverture puissent entrer «pour au moins entendre ce que nous disons». «Il n’y a pas d’apartheid ici. Que la personne qui tient la porte ouvre la porte s’il vous plait, je ne pense pas que les ONG vont faire du mal», a répondu le président sud-africain. Roms, Dalits (intouchables) de l’Inde, peuples indigènes, Proche-Orient ou esclavagisme, l’exercice a vite tourné à l’énumération des sujets qui fâchent. Mais plus qu’un catalogue de récriminations, la séance s’est apparentée à une sensibilisation, peut-être un exorcisme avant «les choses sérieuses», doublé d’une rare interaction avec des tenants du pouvoir. «Déclarez la traite transatlantique des esclaves, l’esclavage et la colonisation crimes contre l’humanité», a exhorté une représentante de la Coalition des Noirs américains pour les réparations. «Il est temps que d’ici, de cette Afrique du Sud très symbolique, la communauté internationale lance une campagne contre l’imposition d’un nouveau type d’apartheid en Palestine», lance un autre militant. Pas étonnant sans doute que les représentants des pays riches aient choisi de se taire, préférant la diplomatie des coulisses et de l’influence à une confrontation. Mais les «pauvres» en ont sûrement profité pour faire passer eux aussi un message, rappelant une fois de plus la «radicalité» potentielle de revendications qui vont de l’aide au développement à l’antimondialisation. Fidel Castro, lui, visiblement heureux de l’occasion, a enfoncé quelques clous, notamment sur les immigrants mexicains poussés par la pauvreté «qui meurent dans le désert victimes des trafiquants». Puis il a souhaité que la conférence «se souvienne de tout le monde». Les séances suivantes seront peut-être moins œucuméniques.
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