La France se rend à la conférence de l’Onu de Durban en appelant à un consensus international contre le racisme et en réitérant sa ferme opposition à des compensations financières pour l’esclavage et à l’assimilation du sionisme au racisme. Le gouvernement français, représenté par son ministre délégué à la Coopération, Charles Josselin, et non son ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, veut mettre l’accent «sur l’avenir», de manière à éviter les débats polémiques sur le colonialisme et l’esclavage, des questions qui concernent au premier chef le passé de la France et des Européens. «Il faut faire de cette conférence un succès en réunissant un consensus de la communauté internationale autour de la lutte contre le racisme. C’est dans cet esprit que doit être résolue la manière d’évoquer le passé, notamment les questions du colonialisme et de l’esclavage et en se tournant vers l’avenir», selon le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, François Rivasseau. «L’Union européenne, précise-t-il, a une position commune dans cette affaire (d’indemnisations) : nous regrettons certains événements du passé, mais nous ne pensons pas qu’il y ait lieu d’en tirer des conséquences financières». Des pays africains et des ONG veulent qu’au cours de la troisième conférence de l’Onu sur le racisme, les pays occidentaux, qui se sont enrichis pendant des siècles par la traite négrière et l’exploitation coloniale, présentent «des excuses». Les puissances occidentales en restent aux «regrets», craignant que des excuses formulées publiquement conduisent les victimes à exiger des compensations financières devant les tribunaux. Mais, pour de nombreux Africains dont le ministre de la Justice du Zimbabwe, Patrick Chinamasa, «en tant que Noirs, tout comme les juifs, nous avons droit à des excuses pour les violations des droits de l’homme qui ont été commises à l’encontre de notre race». «Les Occidentaux estiment aussi qu’ils ne sont pas les seuls à avoir développé l’esclavage. Les Arabes ont fait la traite des Noirs pendant longtemps, ainsi que les élites africaines qui vendaient aux négriers leurs semblables», souligne une source diplomatique occidentale . L’autre pierre d’achoppement de la conférence concerne l’assimilation du sionisme au racisme que les pays arabes et musulmans veulent voir entérinée à Durban. La France, pourtant considérée dans la région comme proche des Arabes, vient de réitérer clairement son opposition : «La conférence ne doit pas être le lieu d’affrontements contreproductifs sur les crises régionales (...). La France a toujours rejeté l’assimilation entre sionisme et racisme». En 1975, la France avait voté contre la résolution 3 379 qui assimilait sionisme et racisme. Et, en 1991, elle votait en faveur d’une autre résolution (4686) qui abrogeait la résolution 3 379. Même si, semble-t-il, la commissaire aux droits de l’homme, Mary Robinson, a obtenu des Arabes qu’ils abandonnent leur demande «sionisme-racisme», la question du Proche-Orient et des Palestiniens restera un dossier chaud de Durban avec, notamment, la présence du président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat. Paris, visiblement ennuyé par la tournure polémique de la conférence, n’a pas commenté la décision de Washington de ne pas envoyer le secrétaire d’État Colin Powell, en solidarité avec Israël.
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