Les remarques du ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, sur la vague d’arrestations au Liban ont suscité des remous sur la scène politique locale et entraîné des réactions officielles contradictoires, surtout que des responsables y ont vu un message recelant une mise en garde à peine voilée adressée aux autorités libanaises, à moins de deux mois du sommet de la francophonie, prévu en octobre prochain. Il y a quelques jours, les dirigeants libanais s’étaient contentés de prendre connaissance du commentaire du président français, Jacques Chirac, sur les rafles, selon lequel aucun redressement ne serait possible au Liban sans un respect des libertés. Hier, ils ont réagi vivement à la déclaration de M. Védrine, qui avait jugé que les arrestations constituaient de «mauvaises méthodes» et qui avait souhaité que «toutes les mesures prises dans ce cadre soient annulées avant la tenue du sommet francophone». «J’espère que nous n’aurons plus ces soucis au moment du sommet», a-t-il insisté. «Ce qui s’est passé dans le pays concerne en premier et dernier lieu le Liban et les Libanais. Il s’agit d’une affaire intérieure. Je ne dis pas cela pour commenter les propos de Védrine, mais nous sommes, dans l’absolu, soucieux de résoudre nous-mêmes nos problèmes. D’ailleurs, je n’ai pas pris connaissance, dans le détail, de ce qu’il a déclaré», a indiqué le chef de la diplomatie, Mahmoud Hammoud, en laissant ainsi entendre, on ne peut plus clairement toutefois, que les propos de son homologue français constituent une ingérence dans les affaires libanaises. Il reste qu’il n’est pas possible de dire que les autorités sont franchement indisposées ou irritées par les nouvelles prises de position françaises, dans la mesure où il est apparu, hier, à la lumière des réactions enregistrées, qu’il y a, au sein du pouvoir, deux lectures du discours de M. Védrine. Contrairement à son collègue des Affaires étrangères avec qui il s’est entretenu dans la matinée, le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, a minimisé l’importance des critiques formulées par M. Védrine, et assuré qu’elles n’auraient pas de répercussions sur la tenue du sommet de la francophonie. Selon lui, M. Védrine a simplement «exprimé l’intérêt du gouvernement français après ce qui s’est passé au Liban durant les dernières semaines, et son attachement aux droits humains dans le pays, un intérêt déjà exprimé par plus d’un État, dont le Vatican et les États-Unis, qui ne font pas partie du groupe francophone». «M. Védrine ne pose aucune condition à une participation au sommet de la francophonie et ne va, en aucune sorte, aller contre la position officielle exprimée par le président français Jacques Chirac qui a récemment annoncé qu’il allait assister à cette conférence», a déclaré M. Salamé à la presse. Une évolution du discours français Quoi qu’il en soit, de sources diplomatiques libanaises, citées par notre correspondant au palais Bustros khalil fleyhane, on met en relief l’évolution du discours français par rapport au Liban, en constatant que les remarques de Paris au sujet des rafles se sont multipliées au cours des derniers jours. On indique aussi que M. Védrine a clairement demandé, «mais en termes diplomatiques», que l’affaire des arrestations soit réglée avant le sommet d’octobre. Ce sont ces mêmes sources qui ont fait état d’un clivage au niveau des réactions du pouvoir par rapport aux mises en garde libanaises. Un premier groupe qui voit dans les propos du chef de la diplomatie française une ingérence dans les affaires françaises, souhaite, par ses prises de position, inciter Paris à cesser les déclarations qui sont devenues avec M. Védrine des messages adressés directement au Liban, selon les mêmes sources. Celles-ci soulignent que si ce groupe a mal accueilli le discours de M. Védrine, c’est parce qu’il intervient alors même que les autorités libanaises avaient expliqué aux responsables français ce qui s’était passé. Elles leur ont notamment fait savoir que les rafles ne peuvent pas être interprétées comme si le Liban «était opposé aux les libertés publiques et individuelles, mais qu’elles s’inscrivent dans le cadre du maintien de la sécurité». Toujours selon les mêmes sources, le Liban a fait savoir aux autorités françaises que «tout cela aurait pu se produire dans n’importe quelle capitale où des bousculades ont lieu lors des sit-in et des manifestations» et qu’en définitive, c’est la justice qui va trancher concernant les arrestations. Le deuxième groupe, dont fait partie M. Salamé, se montre plutôt compréhensif de la prise de position française, estimant qu’elle doit être prise en considération sans être vue comme étant une ingérence dans les affaires libanaises.
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