Des milliers de personnes venues mercredi de toute la Kabylie (est d’Alger) n’ont pu arriver à Alger pour y manifester, mais ont évité l’affrontement avec les gendarmes qui ont dressé des barrages sur les routes pour les empêcher de pénétrer dans la capitale. Les manifestants ont répondu à l’appel de la Coordination des tribus et villages de Kabylie pour une marche sur la présidence de la République, dénonçant la répression en Kabylie, le jour de l’ouverture d’un Festival mondial de la jeunesse et des étudiants que doit abriter la capitale algérienne jusqu’au 16 août. Des barrages imposants de la gendarmerie, installés dès lundi soir, les ont bloqués sur la route de Tizi Ouzou, capitale de la Grande Kabylie (110 km à l’est d’Alger), à la hauteur de Naciria (80 km à l’est d’Alger), où des affrontements limités ont fait une quinzaine de blessés légers. Les manifestants venus de Béjaïa (250 km à l’est d’Alger) ont été arrêtés à el-Esnam (150 km à l’est), ceux de Bouira, la troisième grande ville de Kabylie (120 km à l’est) à Aomar (90 km à l’est de la capitale). À Boudouaou (40 km à l’est d’Alger), des milliers de manifestants ont fait face pendant des heures à un barrage de gendarmerie en criant des slogans hostiles au pouvoir et en jetant des pierres sur les gendarmes. Échaudée par la marche du 14 juin à Alger qui avait tourné à l’émeute faisant au moins six morts et plus de 1 300 blessés, la coordination a donné des consignes strictes aux manifestants, leur recommandant notamment de ne pas forcer les barrages de gendarmerie. Les gendarmes, de leur côté, ont fait preuve de calme et de sang-froid, évitant de répondre aux jets de pierres de quelques jeunes manifestants. À Alger, un dispositif sécuritaire impressionnant a été déployé, tôt dans la matinée, autour du Stade olympique du 5 juillet (date de l’indépendance de l’Algérie en 1962), sur les hauteurs d’Alger, près duquel devaient se rassembler les manifestants. Dans ce stade, fleuron des infrastructures sportives algériennes, qui peut contenir 80 000 personnes, doit avoir lieu, dans la soirée, l’ouverture officielle de ce festival qui réunit quelque 15 000 participants de 140 pays, selon les organisateurs. Devant le président algérien Abdelaziz Bouteflika, un chœur d’un millier d’enfants y chantera l’hymne du festival composé par le célèbre musicien algérien Safy Boutella qui a également signé une «fresque» baptisée «La Source», chorégraphie réunissant des danseurs professionnels autour de Touaregs, berbères du Sahara, se disputant un point d’eau. Dès les premières heures de la matinée, les routes, bretelles d’autoroute, ruelles menant vers ce stade, ont été barrées par des policiers, appuyés par des brigades antiémeutes. Une centaine de manifestants qui voulaient organiser, mercredi après-midi, un sit-in dans un quartier voisin du stade, ont été dispersés par la police, selon des témoins. Dans la matinée, une dizaine de jeunes, qui tentaient de forcer un passage, avaient été interpellés. Les abords de la présidence, dans le quartier d’el-Mouradia, sur les hauteurs de la capitale, où devait aboutir la marche, ont été hermétiquement bouclés par des centaines de policiers. «Nous nous attendions à ce déploiement de force pour nous barrer la route, mais nous avons tenu à montrer le caractère pacifique de notre mouvement et à alerter la presse internationale venue couvrir ce festival», a indiqué un responsable de la coordination. Des émeutes avaient éclaté en Kabylie à la suite de la mort, le 18 avril, d’un lycéen dans une gendarmerie à Béni Douala, près de Tizi Ouzou. Elles ont fait une soixantaine de morts et plus de 2 000 blessés, selon un bilan officiel.
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