Une catastrophe minière qui pourrait avoir fait plus de 200 victimes suscite de vifs remous en Chine, jetant une lumière crue sur des pratiques largement répandues dans un pays soumis aux lois de l’économie de marché, mais privé de garde-fous politiques et sociaux. Cadres locaux «achetés» par de puissants hommes d’affaires, paysans exploités sans scrupule, dissimulation de faits, miliciens armés qui passent à tabac des journalistes, la liste est longue des infractions rapportées ces derniers jours par une presse officielle habituée à plus de discrétion. Après plusieurs jours d’hésitation, les principaux médias ont repris les informations diffusées par deux journaux locaux sur une catastrophe survenue à la mi-juillet dans une mine d’étain du canton de Nandan, dans la région autonome du Guangxi (sud-ouest), et qui pourrait avoir fait entre 70 et 300 morts. Le gouvernement, qui a dépêché une commission d’enquête sur place vendredi, reconnaissait hier la découverte de deux corps. «Nous avons découvert deux corps hier, mais nous continuons à pomper l’eau», a déclaré un porte-parole de la Commission nationale économique et commerciale, qui supervise l’enquête. Le drame aurait été provoqué par le creusement accidentel d’un mur séparant deux mines, dont l’une désaffectée et remplie d’eau. Selon la presse, une quinzaine de personnes, dont Li Dongming, directeur de la mine et homme d’affaires très en vue, ont été interpellés pour avoir notamment tenté de dissimuler la catastrophe. Ancien instituteur, Li avait rapidement gravi les échelons du succès en créant en 1987 la compagnie Longquan (Printemps du dragon), qui contrôle plusieurs mines, et des activités dans le secteur de l’alimentation et des forêts. La compagnie, qui a payé 27 millions de dollars d’impôts aux autorités du Guangxi depuis 10 ans, emploie 5 800 personnes, dont de nombreux migrants, sans protection sociale. Li avait, selon le quotidien cantonais Yangcheng Wanbao, recruté une petite armada de gardes de sécurité armés pour défendre ses mines, tout en distribuant des voitures aux cadres locaux en échange de leur bienveillance. Après la catastrophe, Li avait «acheté» le silence des familles des victimes et ordonné à ses gardes de refouler les journalistes locaux, y compris par la force. «Ils nous ont confisqué nos films et nous ont fait savoir que nous n’étions pas les bienvenus», s’est plaint le site Internet du Quotidien du peuple. Plusieurs journalistes locaux ont rapporté avoir été bousculés ou même passés à tabac. Avec la bénédiction des autorités, les comptes rendus de mauvais traitements infligés aux journalistes ont fleuri ces derniers jours dans la presse officielle, qui a profité de l’occasion pour dénoncer une pratique très courante en Chine consistant à passer sous silence les catastrophes. Selon le Yangcheng Wanbao, «les départements concernés n’exercent aucun contrôle sur les mines du canton où les accidents non signalés sont légion». Le journal fait état de 200 morts en octobre 2000 dans une mine du bourg de Dachang. Les autorités locales avaient parlé de 38 victimes. Pour lutter contre une véritable explosion des accidents industriels – qui ont fait plus de 47 000 morts au cours du premier semestre – Pékin a adopté l’an dernier des réglementations visant à sanctionner sévèrement les cadres locaux responsables d’accidents ayant coûté la vie à plus de 10 personnes. «Mais les cadres locaux sont souvent les seuls à être sanctionnés, ce qui explique qu’ils essaient de se protéger», note Han Dongfang, un ancien leader syndicaliste chinois qui vit à Hong Kong. «Il y a de toute évidence un problème avec le système politique en Chine, c’est pour cela qu’il est difficile de faire éclater la vérité», dit-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Une catastrophe minière qui pourrait avoir fait plus de 200 victimes suscite de vifs remous en Chine, jetant une lumière crue sur des pratiques largement répandues dans un pays soumis aux lois de l’économie de marché, mais privé de garde-fous politiques et sociaux. Cadres locaux «achetés» par de puissants hommes d’affaires, paysans exploités sans scrupule, dissimulation de faits, miliciens armés qui passent à tabac des journalistes, la liste est longue des infractions rapportées ces derniers jours par une presse officielle habituée à plus de discrétion. Après plusieurs jours d’hésitation, les principaux médias ont repris les informations diffusées par deux journaux locaux sur une catastrophe survenue à la mi-juillet dans une mine d’étain du canton de Nandan, dans la région autonome du Guangxi (sud-ouest),...