À peine rétabli de la publication le 18 juillet d’un rapport préliminaire du Fonds monétaire international (FMI) plutôt critique de la situation financière au Liban, le marché des changes de Beyrouth a été de nouveau agité cette semaine par la décision de l’agence financière internationale Moody’s d’abaisser les notations de la dette publique libanaise de B1 à B2 pour les émissions obligataires en devises étrangères et de B1 à B3 pour celles en livre libanaise. Une décision suivie d’un rapport dans lequel l’Economist Intelligence Unit dressait un tableau sombre de la conjoncture au Liban, mettant l’accent sur la gravité des difficultés financières qu’il traverse. Dans ce contexte, l’équilibre entre l’offre et la demande du dollar ne tardait pas à être rompu dès mercredi dernier, à la veille de la libération d’une masse de liquidité en livre libanaise émanant des échéances hebdomadaires de certaines tranches de bons du Trésor libanais qui pourraient être converties en devises étrangères. En effet, le billet vert devait être recherché dans un marché sur lequel l’offre en cette monnaie tendait à disparaître après que les banques de la place eurent ajusté leurs positions de change à la fin du mois. Et c’est grâce à l’action de la Banque du Liban (BDL), qui a maintenu sa fourchette d’intervention entre 1 501,00 LL à l’achat et 1 514,00 LL à la vente du dollar, que l’équilibre entre l’offre et la demande de cette monnaie devait être rétabli. C’est ainsi que le billet vert, qui a été fixé tous les jours au même taux moyen indicatif de 1 507,50 LL comme depuis déjà 23 mois, continuait à être négocié dans les transactions interbancaires au haut de cette fourchette mais rarement en dehors de la BDL en l’absence d’autres contreparties valables à la vente à ce taux. Pourtant, ce mouvement n’a en aucun moment paniqué les opérateurs, d’autant que la BDL tenait toujours à approvisionner régulièrement et sans répit le marché de ses besoins commerciaux et non commerciaux en devises. De ce fait, et compte tenu du potentiel relativement limité de la demande en billet vert, le volume des échanges sur toute la semaine n’aurait pas dépassé au total quelque soixante millions de dollars, en grande partie placés à la vente par la BDL à 1 514,00 LL, selon les milieux cambistes. Une semaine de déprime pour le dollar À l’étranger, l’euro s’est maintenu au-dessus du seuil de 0,88 dollar une grande partie de cette semaine malgré la déception des investisseurs face au statu quo monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), profitant des inquiétudes du marché concernant l’évolution de l’économie aux États-Unis. Depuis fin juillet, l’euro reprenait du terrain face au billet vert, lentement mais sûrement, profitant des doutes des investisseurs envers un rebond rapide de la croissance américaine. La semaine a été riche en indicateurs économiques, peu brillants pour l’économie américaine : la confiance des consommateurs s’est affaiblie en juillet, suivie par une dégradation de l’indice d’activité des entreprises manufacturières (NAPM) le même mois. La rechute de l’indice de confiance à 116,50 points le mois dernier, contre 118,90 points en juin et le recul du NAPM à 43,6 points contre 44,7 points pendant la même période, est venue confirmer la contraction de l’activité de l’économie. Cela d’autant que la baisse de l’indice NAPM, pour le douzième mois consécutif, sous la barre des 42,7 points est considérée comme un signe de récession de l’ensemble de l’économie compte tenu du poids (environ 20 %) du secteur manufacturier dans le produit intérieur brut (PIB) américain. Hier, la perte nette d’emplois aux États-Unis moins importante que prévu pour le mois de juillet a donné un peu de ressort au billet vert, avant que la dégradation de l’indice d’activité hors industrie manufacturière ne douche ses espoirs. La perte d’emplois s’est élevée à 42 000 postes, au lieu de 50 000 attendue par le marché, contre 93 000 en juin, laissant le taux de chômage inchangé à 4,5 % pendant la même période, au lieu de 4,6 % généralement attendu. En Europe, le nouveau refus de la BCE d’assouplir les conditions de crédit dans la zone euro jeudi, malgré l’exemple donné par son homologue britannique qui a ramené son principal taux directeur de 5,25 % à 5,00 %, n’a pas trop affecté la monnaie unique. La BCE est partie ainsi en vacances sans baisser ses taux, préférant attendre une confirmation du reflux de l’inflation dans la zone euro avant de faire un geste, peut-être dès la rentrée à la fin du mois. Les opérateurs de marché avaient commencé ces derniers jours à espérer une surprise de l’institut d’émission européen pour sa dernière réunion avant sa traditionnelle pause estivale d’août. Il n’y en a pas eu : le conseil des gouverneurs est resté de marbre face à la détérioration de la conjoncture en Europe et a laissé son taux directeur inchangé à 4,50 %. «Encore un mois de perdu, titrait une note de la banque Natexis Populaire. Impressionnant, la croissance recule dans de nombreux pays de la zone euro, la récession industrielle sévit en Allemagne...» et la BCE ne baisse pas ses taux, a relevé la note de cette banque. «La BCE a perdu de fait tout argument pour prolonger son statu quo monétaire. Le pire, c’est que la décision de baisser le taux de refinancement semble déjà prise pour le 30 août prochain. Aussi pourquoi doit-on attendre ?», s’est-elle interrogée. L’institut d’émission n’a procédé depuis le début de l’année qu’à une baisse minime du coût du crédit (le 10 mai) d’un demi-point en pourcentage à 4,50 %, alors que dans le même temps la Réserve fédérale américaine (Fed) l’a abaissé de 2,75 points en pourcentage aux États-Unis à 3,75 %, pour redonner du nerf à la première économie mondiale. Tous les indicateurs pointent en direction d’un brusque essoufflement de l’activité dans la zone euro. L’indice de confiance économique de juillet, publié jeudi, a fléchi pour le septième mois consécutif, le recul du chômage semble marquer une pause et le climat des affaires s’est à nouveau détérioré pendant la même période. Cela étant, et dans l’attente de la publication de nouvelles statistiques la semaine prochaine des deux côtés de l’Atlantique, surtout en Allemagne, le dollar devait achever cette semaine dans la déprime, se négociant hier à New York, en comparaison avec la fin de la semaine dernière, comme suit : – 0,8835 pour un euro contre 0,8775, vendredi dernier – 1,4290 pour un sterling contre 1,4240 – 2,2140 DM contre 2,2290 – 7,4245 FF contre 7,4755 – 1,7080 FS contre 1,7210 – 2 191,60 lires contre 2 206,60 – 123,70 yens contre 123,50. Une semaine boursière dopée par les semi-conducteurs Sur les places boursières internationales, les marchés américains des valeurs mobilières ont réduit leurs gains à l’issue d’une semaine marquée par une chasse aux bonnes affaires centrée sur les valeurs aussi bien de la «vieille économie» que de la «nouvelle économie». À cela auraient contribué les commentaires positifs de la maison de courtage Merrill Lynch et du PDG du numéro un mondial des microprocesseurs Intel, Craig Barrett, sur les semi-conducteurs qui ont mené à la hausse dans le secteur de la haute technologie. Il en est de même du sentiment du marché vis-à-vis des valeurs de la «vieille économie» considérées comme plus sûres dans les conditions présentes du marché. Le PDG d’Intel, en visite en Malaisie pour développer les opérations de sa société, a indiqué que le secteur des semi-conducteurs a atteint son point le plus bas et que ses perspectives devraient s’améliorer d’ici aux prochains mois. De son côté, Merrill Lynch avait tenu plus tôt des propos similaires en relevant la note d’une série de titres de ce secteur, dont Texas Instruments, Analog Devices, Advanced Micro Devices et Intel. Dans la foulée, les fabricants d’ordinateurs et les équipementiers de réseaux ont été également recherchés, comme Dell Computer, Gateway, Cisco, Compaq, Ciena... Pendant le même temps, les valeurs de la grande consommation, comme McDonald’s, Procter & Gamble, Coca-Cola, Pepsico, des pharmaceutiques et de la chimie, comme DuPont et Pfizer, ont été également recherchées jusqu’à jeudi. Mais à la veille du week-end, on a relevé un courant de prises de bénéfices, après la publication des chiffres du chômage aux États-Unis pour le mois de juillet. La plupart des secteurs étaient orientés à la baisse hier, avec les semi-conducteurs en tête, faisant réduire les gains de la semaine sur l’ensemble de la cote. En effet, l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles a terminé en hausse de 0,83 % seulement d’une huitaine à l’autre à 10 502,82 points contre 10 416,67 points à la fin de la semaine dernière. Il en est de même de l’indice composite Nasdaq qui a aussi réduit ses gains hebdomadaires à 2,00 %, affichant hier en préclôture 2 069,60 points contre 2 029,07 points pendant la même période. De leur côté, les Bourses européennes ont connu une semaine typiquement estivale, marquée généralement par de tout petits volumes, alors que les investisseurs ont commencé à se replacer sur les valeurs technologiques descendues à des niveaux très faibles. Pourtant, la Bourse de Francfort devait continuer à faire du surplace en l’absence de nouvelles stimulantes incitant les acteurs du marché à se montrer prudents sur leurs attentes. En effet, l’indice Extra Dax a achevé seul la semaine en baisse de 0,33 % à 5 735,88 points contre 5 754,86 points à la fin de la semaine dernière, pendant que l’indice Footsie de la Bourse de Londres marquait une hausse de 2,67 % à 5 547,60 points contre 5 403,10 points, et l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris, un gain de 1,29 % à 5 031,29 points contre 4 967,15 points durant la même période. Enfin, la Bourse de Tokyo est restée la plus solide cette semaine soutenue par les semi-conducteurs et dans l’espoir d’un plan de réforme gouvernemental prometteur. En effet, l’indice Nikkei a gagné sur la semaine 3,76 % à 12 241,97 points contre 11 798,08 points à la fin de la semaine dernière.
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