L’avenir public et les activités de l’ancien président sud-africain Nelson Mandela semblent remis en question après le début éprouvant d’un traitement pour un cancer de la prostate, qui l’a déjà contraint à renoncer à trois engagements. M. Mandela, qui a fêté ses 83 ans le 18 juillet, manifeste certes toujours une vitalité et un moral exceptionnels pour un homme de son âge, mais il s’est incontestablement affaibli au cours des dernières années, s’appuyant souvent sur une épaule ou un bras pour marcher ou souffler. Son esprit, facétieux ou d’autodérision, demeure pourtant aussi vif. Et serein. «Bien que je sois un vieil homme, je ne m’apesantis pas sur la possibilité de la mort. La mort vient quand elle est prête», a-t-il récemment plaisanté lors d’une surprise-partie organisée à l’occasion de son anniversaire. Annonçant mardi que M. Mandela souffrait d’un cancer «microscopique» de la prostate, la porte-parole Zelda la Grange a indiqué que le programme de l’ancien chef d’État ne devrait pas être modifié, durant les sept semaines de radiothérapie. Elle a précisé que l’agenda n’était de toute façon pas surchargé, entre sessions de rédaction de ses mémoires, et engagements dans la région de Johannesburg uniquement. Mais mercredi soir, après une première session, M. Mandela, «éprouvé», a dû se décommander à une réception en son honneur à Johannesburg, en présence du roi zoulou Goodwill Zwelethini. De même, jeudi, M. Mandela, médiateur pour la paix au Burundi, ne s’est pas rendu à Pretoria (60 km de Johannesburg) pour des consultations sur un cessez-le-feu au Burundi. C’est le vice-président sud-africain Jacob Zuma qui a conduit ces consultations, avec des rebelles hutus et le président tutsi burundais Pierre Buyoya. Nelson Mandela a délégué cette année à Zuma la partie «cessez-le-feu» de la médiation au Burundi, se concentrant pour sa part sur l’aspect politique, qui lui vaut déjà maintes sessions de pourparlers et déplacements. Jeudi soir encore, Mandela a décliné une invitation à l’ambassade d’Australie à Pretoria, où sa fille Zenani l’a représenté pour recevoir un don d’1,4 million de rands (172 000 dollars) du gouvernement de Canberra pour la Fondation Mandela pour les enfants. «Il est fou. Il bouge comme s’il avait la moitié de son âge», a lancé cette semaine son ami proche, l’ex-archevêque anglican Desmond Tutu, prix Nobel de la paix, comme Nelson Mandela, et souffrant également d’un cancer de la prostate, diagnostiqué en 1997, et opéré à deux reprises. Désormais, l’ancien archevêque affirme se sentir «bien». Nelson Mandela «me laisse chancelant d’épuisement rien qu’à regarder son programme. Il est incroyable», a poursuivi M. Tutu, 69 ans, conseillant à son ami d’écouter les médecins et de se «reposer». De fait, un allègement de ses activités pourrait devenir désormais une obligation pour M. Mandela. Un tel allègement avait été annoncé l’an dernier, après une première alerte liée à sa prostate, mais jamais véritablement appliqué. En 2001, Mandela s’est rendu notamment en Grande-Bretagne, au Maroc, aux Émirats, en Corée du Sud, en Inde, en Allemagne, en Libye, en République démocratique du Congo et en Tanzanie, sans compter ses fréquents déplacements à travers l’Afrique du Sud, le travail pour sa fondation, ou le lobbying auprès de milieux d’affaires pour investir dans des régions démunies. M. Mandela a reconnu qu’il était fatigué après le traitement mercredi, s’est réjouie Zelda la Grange. «Nous sommes contents qu’il l’admette, et qu’il réalise qu’il ne pourra pas avoir des journées très occupées pour les sept semaines à venir». Car l’octogénaire, jeune marié – il a épousé Graça Machel, 55 ans, en 1998 – peut être un incorrigible optimiste, y compris sur sa santé. «C’est son caractère. Il voit du positif dans la moindre chose négative», déclare Mme La Grange. «Pour ses petits-enfants, bien sûr, il est tout simplement invincible», déclarait mercredi une autre de ses filles, Zinzi, résumant sans doute l’espoir de millions de Sud-Africains.
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