Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologies

Cambodge - Sihanouk et Ranariddh : la politique de père en fils

Tous deux sont férus de politique. Mais à part cette passion et une ressemblance physique frappante, le roi Norodom Sihanouk et son fils Ranariddh ont souvent été aux antipodes, le second dans l’ombre écrasante du monarque, ce que confirme la première biographie du prince. Dans un livre sur Ranariddh, publié à la fin du mois à Singapour, le journaliste indien Harish Mehta éclaire d’une lumière parfois crue les relations fréquemment orageuses entre le père et le fils. «Je l’admire toujours profondément. Il est un bon père pour le peuple du Cambodge, mais il n’est pas un véritable père pour ses enfants», affirme Ranariddh à propos du roi. «Il est plutôt le père de la nation que de ses propres enfants», admet-il après avoir évoqué une enfance assez éloignée du souverain. «J’ai constaté plusieurs fois que si mon père a vraiment de l’affection pour moi, il n’est pas très équitable. Il est le plus grand des politiciens, un génie, difficile d’essayer de lui ressembler», lâche-t-il avec une pointe d’amertume. Intitulée Warrior Prince (Prince Guerrier), cette biographie prend généralement le parti de Ranariddh, dont elle salue l’indépendance à l’égard du palais, au risque de verser à l’occasion dans l’hagiographie. Le prince ne cache pas que l’air de famille – les mêmes traits ronds, la même voix haut perchée, l’énergie débordante de son père –, est un «lourd fardeau». «Les gens adorent le roi et comme je lui ressemble, on ne se souvient pas de mes succès mais des actions de mon père. Ou bien le contraire, si j’échoue on dira : “Vous êtes son fils mais vous n’êtes pas comme lui”». Né en 1944 de la première épouse de Sihanouk, la princesse Phap Kanhol, Ranariddh a eu une jeunesse très française à Phnom Penh puis Paris – de «playboy», a dit son père. Chassé de Phnom Penh en 1973 par la République de Lon Nol, qui avait renversé son père trois ans plus tôt, en pleine guerre du Vietnam, il a passé dix ans dans le sud de la France avec son épouse Marie et ses enfants, loin du Cambodge et de ses déchirures. Du régime de Lon Nol, il se souvient de brefs passages en prison qui, raconte-t-il, l’ont marqué à vie. Ranariddh ne s’est converti à la politique que sur le tard, en 1983, lorsque Sihanouk, exilé en Chine, lui a demandé de réorganiser l’Armée nationale sihanoukiste (Ans), en pleine déconfiture, et le parti royaliste Funcinpec. Le docteur en droit de la faculté d’Aix-en-Provence succède à son père à la tête du Funcinpec en 1991 et mène le camp sihanoukiste à la victoire aux élections générales de mai 1993, organisées sous l’égide de l’Onu. Au lendemain du scrutin, le prince doit cependant accepter de partager le pouvoir avec le Parti du peuple cambodgien (PPC, ex-communiste) du puissant Premier ministre sortant Hun Sen. Ranariddh n’a plus jamais quitté la turbulente scène politique cambodgienne, même s’il lui a fallu de nouveau s’exiler, quelques mois à Bangkok, quand les rivalités au sein de la coalition gouvernementale ont dégénéré en confrontation armée avec le «brutal» Hun Sen en juillet 1997. Les deux rivaux se sont rabibochés en 1998 sous la tutelle de Sihanouk, qui les appelle ses «enfants». Norodom Ranariddh est considéré comme l’un des principaux favoris à la succession de son père, avec le prince Sihamoni. Mais ce «Prince Guerrier», qui apparaît peu belliciste, «je n’aime pas le bruit des pistolets et de l’artillerie», reste partagé entre les ambitions politiques et les honneurs de la monarchie. «Évidemment, je suis confronté à un grand dilemme. Je ne peux pas ignorer que tout le monde pense que parmi les membres de la famille royale je suis sans doute le seul (à pouvoir devenir roi)... Mais en même temps, le Funcinpec a besoin de moi et je me bats encore pour la victoire de mon parti».
Tous deux sont férus de politique. Mais à part cette passion et une ressemblance physique frappante, le roi Norodom Sihanouk et son fils Ranariddh ont souvent été aux antipodes, le second dans l’ombre écrasante du monarque, ce que confirme la première biographie du prince. Dans un livre sur Ranariddh, publié à la fin du mois à Singapour, le journaliste indien Harish Mehta éclaire d’une lumière parfois crue les relations fréquemment orageuses entre le père et le fils. «Je l’admire toujours profondément. Il est un bon père pour le peuple du Cambodge, mais il n’est pas un véritable père pour ses enfants», affirme Ranariddh à propos du roi. «Il est plutôt le père de la nation que de ses propres enfants», admet-il après avoir évoqué une enfance assez éloignée du souverain. «J’ai constaté plusieurs fois...