Si la femme, dès que sa maternité s’annonce, commence à vivre charnellement la présence de son enfant, il n’en est pas du tout de même pour le père... Pour lui, il doit «se faire» à l’idée. Balançant entre émotion, joie et crainte, il pressent un changement de vie auquel, bon gré mal gré, il doit s’habituer... Même si l’enfant est prévu, souhaité et désiré... Dans le passé, devenir père était simple. Tout ce qui se passait autour de son acte de géniteur était affaire de femmes... Autant les envies, les nausées que les soucis, les préoccupations obstétriques ou les notions de puériculture. Aujourd’hui, les nouvelles connaissances scientifiques l’investissent d’un rôle neuf. Comme il faut un homme et une femme pour faire un enfant, il en faut autant pour faire de lui une personne. Si dans le temps son unique devoir était de faire preuve d’autorité, aujourd’hui on reconnaît que naissance, soins du nourrisson, apprentissage, éducation constituent des tâches communes aux deux géniteurs. Les premiers liens avec le monde ne sont plus une affaire «de bonnes femmes» mais un devoir de couple. En commençant par la grossesse, le père se doit d’être associé de près et activement à la mise au monde de son enfant. Craintes, doutes, chambardements, joies et rebondissements doivent être vécus à deux. Si, en théorie, ce partage semble des plus équitables, en pratique il s’avère un des plus épineux... Toute la société actuelle fait pression sur le père afin qu’il assume un rôle actif de plus en plus tôt et intensément à la mise au monde de son enfant. Il n’est pas dit que tous les hommes sortent indemnes de cette aventure. Si certains se révèlent voués pour la paternité assumée, d’autres s’avèrent totalement démunis de cette fibre qui anime les papas-maternants. Aux États-Unis, les plus sinistrés sont aidés par des accessoires qui permettent une familiarisation avec l’état de la future maman. Un sac à ventre à remplir d’eau, de sable ou d’autre poids, équivalant au doux fardeau de l’épouse. Rendant ainsi, dans l’intimité du foyer, la «sympathie» plus représentative. Mais autant pour les citoyens de la bannière étoilée que les autres pères à devenir, le mot d’ordre implique d’endosser activement l’habit du père. Quel que soit le tempérament de chacun. «Autrefois, rappellent les historiens, des rituels, des prises en charge collectives permettaient aux hommes de vivre plus aisément, en mélangeant sacré et profane, ce passage de la vie. Aujourd’hui, chaque homme doit vivre seul et à sa mesure, en inventant des repères, son aventure paternelle». Une certaine angoisse Pour le Dr Roger Teboul, psychiatre et auteur, entre autres ouvrages, de Neuf mois pour être père (Éd. Calman-Lévy), tout homme qui prend la peine de se dire «Je vais être père» éprouve déjà une certaine angoisse, simplement parce qu’il se sent assailli par des responsabilités nouvelles. Sans parler du fait que devenir père, c’est accepter de vieillir... L’éternelle jeunesse est un mythe que seul un célibataire peut entretenir indéfiniment ! De son côté, Bernard This, psychanalyste, coauteur avec Françoise Dolto d’ouvrages et confondateur avec elle de la Maison Verte explique : «Pour accéder à la paternité, un homme doit effectuer un retour sur soi-même, faire le point avec sa famille, ses parents. Le fait de devenir père réactive, chez lui, le vécu de son enfance et de sa naissance, ses rapports avec son propre père. Va-t-il reproduire le même vécu ou inventer un nouveau schéma ? Ce type de questions s’impose à lui de façon consciente ou se traduit inconsciemment par des comportements de fuite, de peur, de manifestations psychosomatiques. Le travail psychique qu’élabore ainsi le futur père pour se préparer à son rôle sera plus ou moins long et difficile, selon ce qu’ont représentées pour sa personne l’image de son père et ses relations avec lui».
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