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Actualités - Analyses

Algérie - La contestation veut s’inscrire dans la durée

Le mouvement de contestation sociale et politique qui secoue l’Algérie depuis trois mois est à la recherche de nouvelles formes de lutte pour s’inscrire dans la durée sans céder aux «provocations» du régime. Durement réprimées par les forces de l’ordre, les émeutes qui ont éclaté en Kabylie après la mort d’un jeune lycéen berbérophone dans une gendarmerie, le 18 avril, ont fait au moins 55 morts et 2 000 blessés, selon un bilan officiel. Mais elles ont aussi révélé l’ampleur de la rupture entre la population algérienne et le régime, aux commandes depuis l’indépendance. Trente-neuf ans après l’avènement de la République algérienne démocratique et populaire, et malgré les 22 milliards de dollars de revenus générés l’an dernier par le pétrole et le gaz, le pays semble dans l’impasse. Le bilan est sombre : taux de chômage de 30 %, émigration massive (selon certaines estimations, quelque deux millions d’Algériens vivent à l’étranger) et une jeunesse qui se sent exclue de tout, alors que les moins de 15 ans représentent 40 % des 30 millions d’habitants. Illustration de ce gouffre qui sépare l’élite du reste de la population, jusqu’à un million de personnes ont manifesté à Alger le 14 juin à l’appel de la Coordination des comités des villes, villages et ârch (tribus) de Kabylie qui n’a pu remettre à cette occasion au président Abdelaziz Bouteflika la liste de ses revendications. «Ce mouvement social et, surtout, politique, dure depuis trois mois maintenant. C’est une véritable insurrection citoyenne et populaire comme on n’en avait jamais vu depuis l’indépendance de l’Algérie», assure Djamal Ferdjallah, n° 2 du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), parti particulièrement implanté en Kabylie. «Au-delà des revendications identitaires, il traduit une véritable rupture entre les citoyens et le régime, qui ne propose aucune perspective stratégique et qui refuse de s’ouvrir, d’aller vers un nouveau système», poursuit-il. « Pas de révolte armée » Face à ces demandes, le président Bouteflika a évoqué la présence de «puissances étrangères» derrière les événements. Mais il a aussi annoncé que les questions identitaires seraient abordées dans le cadre d’une réforme constitutionnelle. Son Premier ministre, Ali Benflis, a reconnu pour sa part la réalité des revendications sociales et économiques en ajoutant que son gouvernement avait les moyens de les satisfaire à condition qu’on lui en laisse le temps. Partie de Kabylie, la contestation s’est étendue au-delà de cette région traditionnellement rétive à toute forme de pouvoir central et a dépassé les revendications identitaires liées à la reconnaissance de la langue et de la culture berbères. «La question Tamazight est véritablement posée, mais nous ne sommes pas porteurs de revendications de type séparatiste, ce n’est pas une révolte de la communauté kabyle, mais une volonté globale de dépassement d’un régime honni», explique Mourad Kacer, un responsable de la Coordination des comités des villes, villages et ârch de la wilaya (département) de Tizi Ouzou. Ces coordinations, émanation des structures ancestrales de la société kabyle, sont apparues quelques jours après le début des émeutes pour tenter d’organiser la contestation du régime. Outre des demandes identitaires, la «plate-forme d’el-Kseur», un document adopté en juin reprenant en quinze points les principales revendications, réclame «un État garantissant tous les droits socio-économiques et toutes les libertés démocratiques» ainsi que «la mise sous l’autorité effective des instances démocratiquement élues de toutes les fonctions exécutives de l’État ainsi que des corps de sécurité».
Le mouvement de contestation sociale et politique qui secoue l’Algérie depuis trois mois est à la recherche de nouvelles formes de lutte pour s’inscrire dans la durée sans céder aux «provocations» du régime. Durement réprimées par les forces de l’ordre, les émeutes qui ont éclaté en Kabylie après la mort d’un jeune lycéen berbérophone dans une gendarmerie, le 18 avril, ont fait au moins 55 morts et 2 000 blessés, selon un bilan officiel. Mais elles ont aussi révélé l’ampleur de la rupture entre la population algérienne et le régime, aux commandes depuis l’indépendance. Trente-neuf ans après l’avènement de la République algérienne démocratique et populaire, et malgré les 22 milliards de dollars de revenus générés l’an dernier par le pétrole et le gaz, le pays semble dans l’impasse. Le...