Les Pékinois ont repris le travail hier après avoir fêté l’octroi à Pékin des Jeux olympiques de 2008, dont ils commencent à peine à entrevoir les conséquences sur la vie et les finances de la cité. Des millions de Pékinois sont descendus dans les rues vendredi soir pour célébrer la décision du Comité international olympique (CIO) d’attribuer pour la première fois à la Chine l’organisation des JO. Mais une fois l’excitation retombée, certains se demandent si le jeu en vaut la chandelle. «À quoi ça rime de dépenser 180 milliards de yuans (22 milliards de dollars, 25,75 milliards d’euros) pour les Jeux», critique un internaute du nom de «little chick» sur sina.com, le site internet le plus populaire du pays. Un autre souligne que la question est surtout de savoir qui va régler l’addition. «Au bout du compte, c’est notre argent», s’insurge l’internaute, dont l’adresse électronique s’intitule éloquemment : «Les petites gens ne peuvent protester». Selon un sondage publié dimanche, seule une minorité de Chinois serait prête à contribuer à l’organisation des JO. L’agence Horizon, qui a interrogé 551 adultes à Pékin, Shanghai (est) et Canton (sud), a découvert que seuls 17 % accepteraient de faire un don en liquide pour les JO. Mais 52 % des Pékinois espèrent qu’ils vont «profiter personnellement» des Jeux, selon le même sondage. Les réactions sont plus tièdes en province, où l’on n’a pas tardé à accuser la capitale de tirer la couverture à elle. Fierté avant argent «Pour financer les JO, on va prendre de l’argent qui aurait servi à financer des écoles dans les régions pauvres en montagne», déplore un internaute. Shanghai, éternelle rivale de Pékin, s’est gardée de manifester bruyamment vendredi la victoire de la capitale. «Pourquoi ne peut-on pas organiser les Jeux à Shanghai ?», grommelle Pan Feng, un employé de bureau rencontré dans la capitale économique chinoise. «Pourquoi faut-il que Pékin dépense autant d’argent pour remporter les JO ?» La presse officielle admet que le coût des Jeux ne sera pas neutre pour les Chinois. «La fierté est plus importante que l’argent», a estimé le China Daily, tout en espérant que l’opération 2008 sera bénéficiaire. Selon le quotidien de langue anglaise, l’événement devrait produire un chiffre d’affaires de 1,6 milliard de dollars (1,87 milliard d’euros) et dégager un bénéfice de 16 millions (18,7 millions d’euros). Mais ces chiffres ne tiennent pas compte des énormes travaux d’infrastructures que Pékin va devoir engager. La ville a ainsi promis d’investir 22 milliards de dollars (25,75 milliards d’euros) d’ici à 2008 dans l’immobilier, les routes, les transports et les installations sportives. Sur cette somme, 5,4 milliards (6,32 milliards d’euros) seront consacrés à la protection de l’environnement, Pékin étant considérée comme l’une des capitales les plus polluées du monde. La presse a souligné que les Pékinois devront aussi perdre certaines habitudes qui risquent de choquer les visiteurs étrangers, comme cracher par terre, monter dans le métro avant que les autres passagers soient descendus, ou encore se bousculer devant les guichets afin de passer devant tout le monde.
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