La Réserve fédérale américaine (Fed) a baissé hier ses taux monétaires pour la sixième fois depuis le début de l’année mais a diminué l’ampleur de ce relâchement tout en restant pessimiste sur l’évolution à court et moyen terme de l’économie américaine. Les cinq précédentes baisses avaient toutes été de 50 points de base et celle d’hier n’a été que de 25 points de base. L’assouplissement monétaire reste toutefois impressionnant depuis janvier, le taux directeur interbancaire – le principal outil de politique monétaire de la Fed – ayant été ramené de 6,50 % à 3,75 % et le taux d’escompte de 6,00 % à 3,25 %. Il faut remonter à la période comprise entre avril 1992 et avril 1994, alors que l’économie américaine sortait de la récession, pour retrouver un taux interbancaire inférieur ou égal à 3,75 %. «Nous espérions une baisse plus importante de 50 points de base car l’économie reste très faible et aurait pu faire bon usage de ce coup de pouce», souligne Bruce Steinberg, chef économiste de la banque d’affaires new-yorkaise Merrill Lynch. «Étrangement, le communiqué accompagnant l’annonce de la baisse reste uniformément négatif dans son évaluation de l’économie, ce qui aurait pu motiver une baisse plus forte. Nous pensons que le comité monétaire de la Fed était divisé et que la baisse plus faible de 25 points de base a permis d’établir un consensus», ajoute-t-il. Dans son communiqué final, la Fed note que la détente observée sur le marché du travail et des produits «devrait permettre de contenir l’inflation» mais juge que «les risques pèsent principalement en faveur de facteurs qui peuvent générer de la faiblesse économique dans un avenir prévisible». Les marchés boursiers se montraient plutôt déçus de cette baisse moins importante que ce qu’ils espéraient. Le Dow Jones Industrial Average, principal indice de Wall Street avançait marginalement vers 19h30 GMT, à une demi-heure de la clôture, de 0,07 %, et l’indice composite de la bourse électronique Nasdaq de 0,78 %. Leur progression était nettement plus franche avant l’annonce de la décision de la Fed. Lors de la dernière récession de 1991 aux États-Unis, il avait fallu un an à la Fed pour baisser ses taux de 275 points de base. Cette fois-ci, le même chemin a été accompli en six mois, ce qui prouve ses inquiétudes sur les risques guettant l’économie américaine. Elle pourrait aussi ne pas s’arrêter là dans la voie de l’assouplissement. «Nous nous attendons à une nouvelle baisse de 25 points de base lors de la prochaine réunion du comité monétaire le 21 août», indique Bruce Steinberg. Il estime qu’une nouvelle diminution avant cette date pourrait avoir lieu, même s’il juge son éventualité faible. Le comité monétaire se réunit huit fois par an mais peut décider de baisse des taux inopinées, comme il l’a d’ailleurs fait cette année le 3 janvier et le 18 avril. D’ici au mois d’août, les effets des précédentes baisses des taux pourraient commencer à se faire sentir et l’économie américaine montrer des signes de reprise. La première estimation de la croissance du Produit intérieur brut (PIB) américain au 2e trimestre n’est pas attendue avant le 27 juillet. La plus récente estimation de celle du 1er trimestre (qui va être actualisée vendredi) fait état d’une progression de 1,3 %. Mais l’économiste indépendant Joel Naroff est plutôt de l’avis que la brièveté du communiqué de la Fed plaide pour une pause dans le relâchement de la politique monétaire. Il attire l’attention sur le fait qu’il ne fait pas référence, comme les précédents, à la baisse des marchés boursiers et au ralentissement de l’économie mondiale. «Il serait raisonnable de s’attendre à ce que le comité monétaire fasse très peu, voire rien du tout, sur le reste de l’année», affirme-t-il.
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