Pour les enfants palestiniens de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, les grandes vacances d’été, qui ont commencé il y a une semaine, sont celles de tous les dangers. Les affrontements sont en effet fréquents à Rafah, la baisse des hostilités observée ailleurs dans les territoires palestiniens depuis une semaine restant ici lettre morte. Des Palestiniens armés font souvent le coup de feu à la Kalachnikov, les enfants suivant avec des pierres ou tentant d’échapper aux tirs croisés. Dans la rue Omar al-Khattab, où jouent Fouad Abouta, 9 ans, et une quinzaine de ses copains, des centaines d’impacts de balles criblent sur 200 mètres les façades du côté occidental. La rue, dans la pratique coupée en deux dans sa longueur, mène à une zone le long de la frontière égyptienne dont l’accès est interdit par l’armée israélienne. Les moins de quinze ans, qui représentent plus de la moitié de la population palestinienne, sont légion à Rafah. Difficile de savoir combien de personnes ont été atteintes ici par balles ces dernières semaines. «Une vingtaine, dont quatre ou cinq enfants», assure un policier palestinien qui veut rester anonyme. «Mes parents m’interdisent de venir jouer dans cette rue. S’ils me voient ici, je reçois une fessée», avoue d’ailleurs Fouad sur le ton de la confidence. Rue Omar al-Khattab, les piétons n’utilisent qu’un seul trottoir. Les taxis font demi-tour avant le vaste triangle délimité par le champ de la mitrailleuse ennemie. Quand les habitants sont dans l’obligation de traverser pour gagner les maisons d’en face, ils se pressent, la peur au ventre. Non loin des enfants qui courent la plupart pieds nus, les riverains ont monté un barrage de sacs de sable posés sur des fûts d’huile de tournesol offerts par l’Union européenne. À environ 300 mètres, les soldats israéliens occupent une position avancée, un immeuble de deux étages couvert de filets de camouflage d’où partent tous les tirs. Au-dessus s’élève une tour métallique, où tourne une caméra télécommandée qui surveille ce qui se passe. «Comment voulez-vous empêcher les enfants de s’amuser dans cette rue ? On ne peut pas les garder à l’intérieur par cette chaleur», explique un policier palestinien qui se lève pour faire signe à un jeune trop avancé de reculer. Reste que les enfants franchissent souvent la ligne invisible, en particulier deux garçons qui ont la chance de posséder un vélo tout-terrain. Les filles, elles, discutent sagement en groupe du «bon» côté ou sucent des sachets de glace. «J’ai peur, parce que des balles sont déjà passées près de moi. Je ne vais pas en face, mais quand quelqu’un y envoie le ballon, on va le chercher», explique Mohammed Guishta, 14 ans. Selon un voisin, la mère de l’adolescent a été récemment blessée par balle alors qu’elle étendait son linge à la fenêtre d’un immeuble tout proche. Un copain de Mohammed, en maillot et short de footballeur, montre l’endroit précis du trottoir opposé où a été mortellement fauché son oncle. «Il était du Hamas», dit-il fièrement.
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