Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld a estimé hier à Bruxelles que la réalisation du projet controversé de bouclier antimissile était une «question urgente», mais a promis de «consulter étroitement» les Européens avant de prendre une décision. Le chef du Pentagone rencontrait pour la première fois ses homologues de l’Otan lors d’une réunion semestrielle au siège de l’Alliance à Bruxelles, quelques jours avant une réunion des chefs d’État et de gouvernement des pays de l’Otan dans la capitale belge le 13 juin. Chaud partisan du bouclier antimissile, M. Rumsfeld a continué à maintenir la pression sur les alliés des États-Unis pour les convaincre de la nécessité de développer le bouclier antimissile. «C’est une question urgente», a-t-il dit. «Les nouvelles menaces du XXIe siècle ne sont pas encore complètement apparues, mais elles sont là», a-t-il ajouté, faisant référence aux «États voyous» qui «sont en train d’acquérir des missiles balistiques et des armes de destruction massive». Donald Rumsfeld faisait allusion à la Corée du Nord et à l’Iran, fréquemment accusés par les États-Unis de vouloir obtenir de tels programmes d’armements. Selon le secrétaire à la Défense, le projet américain va entrer rapidement en conflit avec le traité antimissile ABM, que Washington souhaite remplacer. «Nous comprenons que cette conclusion n’est pas bien accueillie par certains», mais «on ne peut y échapper», a-t-il dit. Le traité ABM signé en 1972 entre les États-Unis et l’ex-Union soviétique interdit non seulement la réalisation d’un bouclier antimissile mais également toute la phase de développement et de test d’un tel système. M. Rumsfeld a toutefois rappelé la promesse des États-Unis de «consulter étroitement» leurs alliés et la Russie. «Je vous assure que nous ferons tout notre possible pour travailler avec vous», a-t-il dit. Pour rassurer les Européens, il a précisé que Washington n’avait pas l’intention «d’abandonner la dissuasion nucléaire» ni le «contrôle des armements». Le projet américain suscite une vive opposition de la Chine et surtout de la Russie. Les États-Unis rencontrent aussi un profond scepticisme chez la plupart de leurs alliés de l’Otan qui ne sont pas convaincus de son utilité. «Beaucoup d’alliés ont exprimé leurs interrogations», a souligné un membre d’une délégation présent à la réunion, ajoutant que les Européens espèrent peser réellement sur le débat proposé par Washington. Le ministre français de la Défense Alain Richard a estimé que le travail d’évaluation des menaces était «loin d’être terminé». Son homologue allemand, Rudolf Scharping, a jugé que le projet américain était vague et laissait beaucoup de questions ouvertes sur l’environnement de sécurité. M. Rumsfeld a aussi rassuré les alliés sur l’engagement américain en Europe, où 100 000 soldats américains sont déployés, en dépit de l’importance croissante de l’Asie. «L’intérêt américain pour d’autres régions ne signifie pas que quelque chose d’autre doit être réduit», a-t-il dit. M. Rumsfeld a été chargé par le président George W. Bush de procéder à une réforme d’ensemble de la politique de défense américaine pour l’adapter aux nouveaux défis du XXIe siècle. Ses recommandations doivent être remises au courant de l’été. Washington ne prévoit pas «de réductions notables des forces américaines en Europe», a souligné le chef du Pentagone, mais «il est possible que nous reconfigurions des éléments de nos forces déployées en Europe ou ailleurs». Lors de la campagne électorale, George W. Bush avait promis une réduction des engagements militaires des États-Unis à l’étranger. Faisant référence à la proposition de Bush de réduire l’arsenal nucléaire américain, M. Rumsfeld a déclaré que Washington «n’a pas prévu pour l’instant de réduire le nombre de ses armes nucléaires» déployées en Europe. Selon des experts, les États-Unis ont encore environ 150 bombes nucléaires basées dans sept pays européens.
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