L’impunité aidant, la pratique de la torture est devenue «quasi routinière» dans nombre de pays africains, et Amnesty International, dans un rapport annuel publié à l’occasion de son 40e anniversaire, appelle les États à ne plus «fermer les yeux». Parmi les dernières illustrations en date : Douala. 23 février 2001. Neuf adolescents sont arrêtés par les forces de sécurité dans le stade de Bépanda à Douala. Aucune nouvelle depuis qu’ils ont été emmenés au «commandement opérationnel» (en français), un corps d’élite anticriminalité accusé par des organisations non gouvernementales de perpétrer des exécutions sommaires à grande échelle. En l’an 2000, des cas de tortures et de mauvais traitements par les forces de sécurité ont été relevés dans au moins 32 pays d’Afrique, souligne le rapport 2001 de l’organisation internationale des droits de l’homme. Des cas présumés ou confirmés d’exécutions extrajudiciaires ont été relevés dans 24 pays. Des «disparitions» dans neuf pays. «La pratique de la torture par les forces de sécurité semble être devenue quasi routinière, là où les gouvernements, par leur échec à la combattre, ont donné le sentiment qu’ils fermaient les yeux», dénonce Amnesty. «L’absence de sanctions envers les responsables de violations des droits de l’homme illustre le degré effrayant du sentiment d’impunité au sein des forces de sécurité», insiste l’organisation. «Dans des pays comme le Cameroun, le Liberia et le Soudan, les suspects sont régulièrement sujets à de cruelles et longues périodes de tortures, ancrées dans la pratique. Résultat : de nombreux décès durant la détention». Affichant son objectif de rendre les États responsables de leurs actes, Amnesty souligne également la nécessité de mettre fin à l’impunité en cas de conflit. L’organisation dénonce notamment la situation au Soudan où le gouvernement poursuit une «politique de terre brûlée pour forcer les civils à quitter le sud du pays riche en pétrole». Des dizaines de milliers de civils ont dû fuir leur maison. Bombardements aveugles, enlèvements, recrutement forcé, toutes les parties au conflit ont commis des violations des droits de l’homme dans un pays où 18 ans de guerre civile ont déjà coûté la vie à 2 millions de personnes. En Guinée, des centaines de milliers de réfugiés de Sierra Leone ont subi des atrocités (viols, enlèvements, amputations), pris dans le conflit entre rebelles et forces gouvernementales. La situation est également critique pour les réfugiés en Angola, au Burundi, en RDC et au Soudan. Amnesty souligne qu’au Burundi, la pression internationale a permis de mettre fin aux camps de «regroupement forcé» dans lesquels quelque 350 000 civils ont été amenés de force. Enfin au Nigeria, l’introduction de la charia au nord du pays a entraîné le recours à de lourdes punitions corporelles pour des délits comme le vol ou la consommation d’alcool. Signe d’espoir selon Amnesty, «dans un large mouvement visant à mettre fin à l’impunité dans les situations de conflits, le Conseil de sécurité de l’Onu a voté la mise en place d’une cour spéciale pour la Sierra Leone». En juin 2000, une commission d’enquête a été créée afin de faire des recherches sur des centaines de cas présumés d’exécutions extrajudiciaires.
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