La prudence des propositions américaines sur le Proche-Orient – rétablir le calme, restaurer la confiance – est perçue par les experts comme révélatrice de la position particulièrement inconfortable de l’Administration de George W. Bush face à ce conflit endémique. Le secrétaire d’État américain Colin Powell, en s’appuyant sur le rapport Mitchell sur le Proche-Orient, a enjoint Israéliens et Palestiniens à en accepter les recommandations en vue d’un retour à la table des négociations. Mais, hormis la désignation d’un envoyé spécial et une offre d’aide aux deux bords pour «établir un cadre de travail et un calendrier» pour une application de ces recommandations, aucune proposition concrète n’a été avancée par M. Powell en vue d’une résolution du conflit. Les experts estiment que l’Administration Bush ne peut se permettre des critiques trop virulentes à l’égard d’Israël, qui bénéficie d’un large soutien au Congrès, mais souhaite en même temps ménager le monde arabe dans le cas d’une éventuelle crise dans le Golfe. «L’Administration a du mal à élaborer sa politique au Proche-Orient», résume Ian Lustick, spécialiste de cette région à l’Université de Pennsylvanie (est). Mais, selon lui, «le niveau de la violence est tel qu’une absence de réaction de la part des États-Unis, soumis aux pressions de l’Union européenne, peut ébranler leur position de leader». «Washington ne peut se permettre d’être perçue comme hésitant au Proche-Orient, s’il veut être considéré avec sérieux en cas de crise dans le Golfe», estime l’universitaire. Durant sa campagne électorale et dès le début de sa présidence, George W. Bush avait clairement affirmé qu’il ne souhaitait pas trop s’impliquer dans ce conflit, se démarquant ainsi de son prédécesseur, Bill Clinton. Pourtant, l’annonce par M. Powell de la nomination d’un envoyé spécial pour le Proche-Orient, William Burns, actuel ambassadeur en Jordanie, n’est pas sans évoquer celle de Dennis Ross à la même fonction par la précédente Administration. «Nous revenons au modèle de négociations dessiné par Bill Clinton. Bush reprend une formule qui n’a pas marché. Mais il avance plus doucement, par peur de faire un faux pas», note Mary-Jane Deeb, professeur de relations internationales à l’American University, à Washington. Selon elle, «il n’y a pas de nouvelle politique américaine en gestation pour le Proche-Orient. Les Américains ne savent tout simplement pas quoi faire». «L’Administration Bush réagit aux événements. Elle est aspirée dans ce conflit. Il n’y a pour l’instant aucune vue à long terme, aucune proposition concrète. Tout dépend de ce qui va se passer sur le terrain», affirme-t-elle. Robert Pelletreau, ancien secrétaire d’État adjoint chargé du Proche-Orient au sein de l’Administration Clinton, insiste lui aussi sur le caractère limité de l’initiative américaine «destinée avant tout à faire cesser la violence». «M. Bush ne va pas tenter de promouvoir un accord que les parties dans la région ne sont pas disposées à accepter», dit-il. Mais, ajoute-t-il, il va apparaître de plus en plus nettement qu’Israéliens et Palestiniens ne sont pas capables de parvenir à une solution sans une intervention plus massive de Washington. Une opinion partagée hier par les éditorialistes du New York Times et du Washington Post qui considèrent que l’engagement personnel de Colin Powell dans une médiation risque d’être «quasiment indispensable». Le seul espoir d’une percée réside, selon le professeur Robert Freedman, expert au Middle East Policy Council, dans l’équation «fin de la violence-fin de la politique de colonisation» des territoires palestiniens. «Cela va être donnant donnant», conclut l’universitaire.
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