Le climat entourant le marché des changes de Beyrouth n’a pas subi beaucoup de changement cette semaine malgré les assurances réitérées de hauts responsables politiques, financiers et monétaires au sujet de la santé de la livre libanaise. Cela d’autant que cette dernière ne cessait de subir quelques pressions en rapport avec la propension de certains détenteurs de fonds à se prémunir en dollar, passant outre l’écart qui s’est creusé davantage entre les taux d’intérêt libanais et américain, surtout après la récente réduction d’un demi-point en pourcentage à 4,00 % du loyer de l’argent aux États-Unis. Certes, les conjectures selon lesquelles la situation régionale reste très précaire, au lendemain de la nouvelle opération du Hezbollah dans les fermes de Chebaa lundi dernier, ont constitué une source d’inquiétudes pour la communauté financière, surtout que cette opération a été suivie de menaces israéliennes contre des positions syriennes au Liban, au moment où le Conseil de sécurité approuvait une réduction par étapes des forces de la Finul au Liban-Sud. Dans ce contexte, certains opérateurs ont estimé devoir se positionner en dollar par précaution. Mais il n’en demeurait pas moins que ce mouvement ne devait pas prendre beaucoup de dimensions cette semaine en raison de la forte «dollarisation» des dépôts bancaires qui aurait dépassé le seuil alarmant de 70 % selon le gouverneur de la Banque du Liban. Compte tenu donc du faible potentiel de l’offre en livre libanaise, la demande du billet vert continuait à se contracter dans un marché sur lequel la BDL constituait la principale contrepartie à la vente de cette monnaie de plus en plus rare dans les circuits interbancaires. En se déclarant ainsi prête à vendre le dollar au haut de sa fourchette d’intervention, maintenu à 1 514,00 LL comme le bas de cette fourchette à 1 501,00 LL, pour subvenir aux besoins de la demande, la BDL est parvenue encore une fois à le faire clôturer au même taux moyen indicatif de 1 507,50 LL, pendant qu’il se négociait pratiquement et invariablement sur le marché interbancaire aussi à 1 514,00 LL. Mais eu égard à la faible liquidité du marché, le volume des échanges sur toute cette semaine n’aurait pas dépassé quelque 35 millions de dollars, presque entièrement placés à la vente par la BDL à 1 514,00 LL. L’euro toujours fragile malgré la baisse des taux américains À l’étranger, l’euro est resté sous pression cette semaine sur les marchés des changes internationaux, avant comme après le nouveau geste de la Réserve fédérale américaine (Fed) en faveur d’une détente monétaire, tandis que la politique de son homologue européenne reste obscure aux yeux du marché. La monnaie unique a passé une grande partie de la semaine sous le seuil de 0,88 dollar. Elle s’est échangée hier en clôture à Londres à 0,8775 dollar contre 0,8765 dollar en fin de semaine dernière, soit sans grand changement d’une huitaine à l’autre. L’annonce lundi de la victoire de la coalition de droite de Silvio Berlusconi en Italie a plutôt affecté l’euro, suscitant des inquiétudes sur l’harmonisation des politiques économiques au sein de l’Europe, notamment après la promesse de M. Berlusconi de réduire le poids de la fiscalité dans son pays au risque d’aggraver le déficit budgétaire. Dès le lendemain, l’attention s’est reportée sur les États-Unis et sur la nouvelle baisse du loyer de l’argent de la Fed d’un demi-point en pourcentage à 4,00 %. Soit la cinquième baisse en moins de cinq mois. Depuis le début de l’année, la Fed a baissé ses taux de 2,50 points en pourcentage de 6,50 % à 4,00 %. Le marché a d’abord peu réagi à cette annonce, conforme à ses attentes, mais a toutefois noté les propos alarmants de la Banque centrale américaine sur le tassement de l’activité économique dans son pays. Il paraît désormais très probable que la Fed poursuive sa politique de baisse des taux, qui pourraient tomber jusqu’à 3 % d’ici à la fin de l’été avec un nouveau coup de pouce dès le 27 juin prochain lors de la prochaine réunion de son comité de politique monétaire, ce qui rassure le marché. Certains analystes estiment néanmoins que la Fed ne pourra pas aller beaucoup plus au-delà. La confiance que le marché place en la Fed fait en revanche cruellement défaut à la Banque centrale européenne (BCE), notamment depuis sa décision de diminuer son taux directeur la semaine précédente contre toute attente et dans un contexte de tensions inflationnistes. «Les opérateurs sont dans le flou en ce qui concerne l’évolution de la politique monétaire de la BCE», et sanctionnent l’euro, a observé une analyse de la Commerzbank. Vendredi, l’annonce d’un affaiblissement de la production industrielle dans la zone euro a pesé encore un peu sur la monnaie unique européenne. «Les divergences économiques s’accroissent au sein de l’Union européenne», a fait remarquer l’analyse de la Commerzbank. Et d’ajouter que «la France enregistre pour le moment une demande intérieure forte, à l’instar de l’Espagne, tandis que l’Allemagne reste à la traîne». Le recul des commandes à l’industrie allemande en mars, publiées hier, a confirmé que la première économie de la zone euro est menacée d’une récession dans le secteur manufacturier dans le courant de l’année et qu’elle subit de plein fouet les effets du fléchissement économique aux États-Unis, fait-on remarquer dans les milieux financiers. Ces derniers regarderont avec attention l’indice mensuel de l’institut IFO mesurant le climat des affaires en Allemagne, attendu mardi prochain. Les prévisions de la banque HSBC tablent sur un nouveau repli de cet indicateur en avril, à 93,2 points, dans le sillage de la forte baisse du mois précédent à 93,9 points. Le baromètre IFO, très suivi, est fondé sur un sondage effectué auprès d’un échantillon représentatif de chefs d’entreprise. Il mesure leur évaluation des activités présentes et leurs attentes sur les six mois à venir. Compte tenu de toutes ces considérations et dans l’attente de l’indice IFO, le dollar continuait à présenter des signes de résistance face à l’euro surtout, se négociant hier, à New York, en comparaison avec la fin de la semaine dernière, comme suit : – 0,8790 pour un euro contre 0,8765, vendredi dernier – 1,4390 pour un sterling contre 1,4205 – 2,2250 DM contre 2,2315 – 7,4625 FF contre 7,4840 – 1,7445 FS contre 1,7495 – 2 202,80 lires contre 2 209,05 – 123,65 yens contre 122,45. Les Bourses reprennent confiance après le geste de la Fed Sur les places boursières internationales, les marchés américains des valeurs mobilières, qui craignaient encore une débâcle en avril, ont vu cette semaine leurs indices vedettes en hausse et les investisseurs se jeter sur eux, persuadés d’une reprise prochaine de l’économie aux États-Unis et d’une augmentation des bénéfices des entreprises. Proche des 11 250 points, à 11 246,68 points en préclôture hier, à 23h heure de Beyrouth, l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles se situe désormais à quelque 500 points de son record historique de janvier 2000. D’une huitaine à l’autre, cet indice a progressé de 3,93 % par rapport aux 10 821,31 points affichés à la fin de la semaine dernière. L’indice composite Nasdaq, frôlant les 2 200 points hier, était pour sa part en hausse de 4,00 % à 2 192,00 points en préclôture cette semaine par rapport aux 2 107,43 points à la fin de la semaine dernière. Depuis la baisse des taux d’intérêt américains mardi dernier par la Fed, la cinquième en moins de cinq mois, les milieux d’affaires se sont remis à investir aux États-Unis. Ils croient à un redressement de l’économie américaine au deuxième trimestre et à une relance des bénéfices des entreprises. La politique monétaire très agressive de la Fed, dont nous avons vu des exemples récemment, va mener cette reprise indique-t-on dans les milieux boursiers pour expliquer ce retour à des actifs américains. Déjà, on commence à voir des signaux à travers les données économiques que la conjoncture est en train de se stabiliser. Cela d’autant qu’on apprenait cette semaine la nouvelle baisse des demandes hebdomadaires d’allocations chômage ou encore la hausse plus forte que prévue des ventes de détails aux États-Unis qui augurent en effet d’une amélioration de la situation. La Fed a donc envoyé un message puissant : elle veut que les résultats des entreprises et les performances du marché boursier s’améliorent. Elle a même tenu des propos alarmants exprès sur la santé de l’économie américaine, laissant entrapercevoir l’éventualité d’une nouvelle baisse du loyer de l’argent aux États-Unis lors de la prochaine réunion de son comité de politique monétaire du 27 juin. En outre, les professionnels, se référant aux résultats meilleurs que prévus du fabricant d’ordinateurs Hewlett-Packard, se déclarent convaincus que l’économie américaine va connaître un rebond durant la deuxième moitié de l’année et pensent que toutes les bases sont maintenant plus ou moins établies pour un nouveau départ. Cette perspective d’une reprise de l’économie américaine a fait renaître quelques espoirs au niveau des Bourses européennes qui ont connu une semaine positive. En effet, l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris a progressé de 1,28 %, clôturant hier à 5 638,24 points contre 5 567,25 points à la fin de la semaine dernière. Il en est de même de l’indice Extra Dax de la Bourse de Francfort qui a gagné 0,75 % à 6 186,87 points contre 6 141,02 points et de l’indice Footsie de la Bourse de Londres qui a augmenté de 0,31 % à 5 915,00 points contre 5 896,80 points d’une huitaine à l’autre. Toutefois, la Bourse de Tokyo a constitué une exception cette semaine, subissant de plein fouet la pression des ventes bénéficiaires à la veille de l’annonce aujourd’hui par Morgan Stanley Capital International (MSCI) d’une recomposition de ses indices boursiers. Cela d’autant que certains titres japonais devraient être retirés de l’indice MSCI. Dans cette attente, l’indice Nikkei a cédé 1,18 % à 13 877,77 points à la fin de cette semaine contre 14 043,92 points à la fin de la semaine dernière.
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