L’Union européenne (UE), et la France en particulier, se préparent à devenir, dans les jours et les semaines à venir, un champ de confrontation diplomatique entre le Premier ministre israélien Ariel Sharon et le dirigeant palestinien Yasser Arafat, en guerre chez eux depuis sept mois. Boudé jusqu’à présent par les États-Unis, M. Arafat est attendu à Paris mercredi 23 mai pour sa première visite en Occident depuis fin octobre. Allié des Américains et critiqué par des pays européens, en tête desquels la France – où il a été considéré un moment persona non grata –, M. Sharon doit venir début juin à Paris dans le cadre de sa première tournée européenne. Cette double visite devrait avoir valeur de test pour la diplomatie française qui revendique depuis quelque temps un «vrai rôle politique» pour l’UE. Les Quinze sont notoirement impuissants au Proche-Orient alors que la nouvelle Administration américaine ne semble pas bien savoir quelle attitude adopter. «L’Union européenne ne doit pas simplement rappeler les grands principes (...) ou distribuer des aides. Elle doit avoir un vrai rôle politique avec tout ce que cela comporte», affirme le ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, qui voit «de plus en plus l’Europe s’enhardir». Dans ce contexte, l’enjeu est important pour la France, généralement perçue comme le pays européen le plus proche des Palestiniens et le plus critique envers Israël. Mais l’exercice est difficile. «Il faut que l’Europe ait le courage de prendre des positions qu’elle juge bonnes pour la paix en refusant d’être disqualifiée a priori par Israël ou les États-Unis, ou instrumentalisée par les Arabes», écrit M. Védrine dans l’édition à paraître outre-atlantique de son livre Les cartes de la France à l’heure de la mondialisation. Or, face à l’aggravation du conflit israélo-palestinien, Paris a pris des positions en flèche qui n’ont pas été appréciées du tout par le gouvernement Sharon accusé de faire «fausse route». Les principales critiques de la France portent essentiellement sur la colonisation, considérée comme le principal obstacle à l’arrêt de la violence et dénoncée par l’UE et les États-Unis. Les colonies juives, illégales aux yeux des lois internationales, sont devenues la principale cible des groupes armés palestiniens. Quelque 200 000 colons juifs vivent parmi trois millions de Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza. M. Sharon rejette un gel de la colonisation préconisé par le rapport de la commission Mitchell alors que les Quinze, et dans une moindre mesure les États-Unis, lui ont apporté leur soutien. M. Védrine a qualifié mardi les conclusions de ce rapport de «claires, courageuses et utiles». Le rapport estime qu’«il sera particulièrement difficile de parvenir à un arrêt des violences israélo-palestiniennes sans que le gouvernement israélien ne gèle toute construction dans les colonies». Or, à cette date, aucun gouvernement israélien n’a accepté un gel de la colonisation dont M. Sharon s’est fait le nouveau chantre. «Céder sur point reviendrait aux yeux des Israéliens à reconnaître la victoire de l’intifada», a indiqué un diplomate européen qui a requis l’anonymat. Au cours des dernières semaines, Israël n’a cessé de dénoncer les «critiques partiales» venant notamment de la France, en estimant qu’elles ne «peuvent qu’encourager Yasser Arafat à continuer sur la voie du terrorisme et de la violence». Reste à savoir si l’UE, liée par un accord d’association avec Israël, est en mesure de faire pression sur l’État hébreu. La prochaine réunion du comité UE-Israël pourrait fournir l’occasion aux Européens de mettre Israël «face à ses responsabilités» – comme l’encourage M. Védrine – en jouant de leurs instruments, notamment l’application des «règles d’origine» qui visent les biens produits par les colons israéliens dans les territoires palestiniens.
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