Le Pentagone va accélérer les essais et le développement de ses différents programmes antimissiles, si les contraintes du traité ABM sont levées, mais les experts ne croient pas à un système de défense fiable dans un avenir proche. Des intercepteurs au sol et maritimes, des lasers sur avion et dans l’espace : ces différents choix à la disposition du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld sont à l’étude depuis des années, mais dans l’ensemble ils n’ont guère été soumis à une expérimentation. «Il sera très dur d’arriver à quelque chose d’à peu près efficace, car on n’a guère eu de tests réussis», note Andrew Krepinevich du Center for Strategic and Budgetary Affairs. Comme d’autres experts, il estime que de nouvelles options seront possibles, si le président George W. Bush obtient la levée des limitations aux défenses antimissiles contenues dans le traité antibalistique ABM de 1972 avec Moscou. M. Bush a annoncé mardi sa volonté de développer un système de défense pour arrêter des missiles lancés accidentellement ou tirés sur l’Amérique ou ses alliés par des États jugés incontrôlables par Washington, tels que la Corée du Nord, l’Iran et l’Irak. L’Administration Clinton avait opté pour un système limité de défense nationale antimissile (NMD) comportant 100 missiles sur un seul site pour se conformer au traité ABM. Les restrictions au développement et tests de radars et défenses antimissiles basées en l’air, en mer, sur satellites ou sur des systèmes mobiles sur terre ont limité les recherches du Pentagone, note M. Krepinevich. Les militaires américains ont en effet privilégié les défenses de troupes sur les théâtres d’opération face à des missiles de courte ou moyenne portée. Si Bush retire les États-Unis du traité ABM, les programmes locaux «de théâtre» pourraient être reconvertis pour la défense nationale, estime Baker Spring, expert à la Heritage Foundation, proche de la droite républicaine. Selon lui, la Marine a indiqué à l’Administration que les destroyers munis du système radar Aegis pourraient être positionnés près de la Corée du Nord dès 2003 pour abattre d’éventuels missiles dans leur phase initiale de lancement. «L’US Navy se dit en mesure de reconvertir en dix-huit mois et pour 200 millions de dollars deux navires Aegis actuellement près du Japon afin de leur donner une certaine capacité, mais pas à 100 %, pour contrer des missiles nord-coréens», ajoute M. Spring. Le projet Navy Area utiliserait un missile Standard-2 Block IV proche du Patriot d’une portée de 300 kilomètres et une tête à fragmentation plutôt que les missiles «tuant» par impact du NMD. Mais ces engins n’ont pas été expérimentés et «il faudra bien plus de progrès en deux ans qu’on n’en a enregistré jusqu’à présent», déclare un officier supérieur de la Marine qui demande à garder l’anonymat. Selon les services de renseignements américains, Pyongyang serait en mesure d’atteindre les États-Unis dès 2005. Cependant le leader nord-coréen Kim Jong-il a promis, selon une délégation de l’Union européenne vendredi, de prolonger jusqu’en 2003 le moratoire dans son pays sur les essais de missiles. En tout cas, aucune parade ne sera disponible en 2005. En effet, le NMD de Bill Clinton, dont deux essais sur trois ont échoué, ne serait pas prêt avant 2006. Le système THAAD, ou Défense en haute altitude de théâtre de zone de l’armée de terre, a deux expériences réussies à son actif, mais ne pourrait être déployé qu’en 2007. Le programme «Laser aéroporté» (Airborne Laser - ABL) de l’armée de l’air pourrait être testé assez vite mais pas déployé avant 2008, et ses avions transporteurs, des Boeing 747 modifiés, semblent bien vulnérables. Quant au programme de «Laser basé dans l’espace», cher à Ronald Reagan et à son projet irréaliste de «guerre des étoiles», on ne doit pas en attendre de premières démonstrations avant 2010. «Dans tous les cas, l’efficacité n’est pas garantie», note M. Krepinevich.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le Pentagone va accélérer les essais et le développement de ses différents programmes antimissiles, si les contraintes du traité ABM sont levées, mais les experts ne croient pas à un système de défense fiable dans un avenir proche. Des intercepteurs au sol et maritimes, des lasers sur avion et dans l’espace : ces différents choix à la disposition du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld sont à l’étude depuis des années, mais dans l’ensemble ils n’ont guère été soumis à une expérimentation. «Il sera très dur d’arriver à quelque chose d’à peu près efficace, car on n’a guère eu de tests réussis», note Andrew Krepinevich du Center for Strategic and Budgetary Affairs. Comme d’autres experts, il estime que de nouvelles options seront possibles, si le président George W. Bush obtient la levée...