Debout le bagagiste, la femme de chambre et la lingère. Debout le concierge aux clefs d’or, le maître d’hôtel et le barman. Du matin au soir ou du soir au matin, les 500 employés du palace cannois Majestic – dont une moitié de saisonniers durant le festival – sont debout, toujours et partout. Il est 5h00, le palace rêve encore. Au fond d’un couloir en sous-sol, trois pâtissiers sortent les croissants du four. La nuit s’achève sous les néons du «room service». Un maître d’hôtel classe les fiches de petit déjeuner que les clients ont accrochées à la poignée dorée de leurs chambres à coucher. Régine, «une habituée», veut «des pruneaux et du beurre allégé». Paul McCartney a commandé des «chips, des noix et des produits diététiques qu’il faut aller chercher». 6h00 à la cuisine centrale. Quatre cents homards font leur apparition. La journée sera d’exception. Une brigade de quatorze cuisiniers met déjà en route le dîner de gala «Moulin rouge» prévu pour 700 VIP. 8h30 au troisième étage. Embauchée «en extra» pour travailler dans le hall, une jeune fille blonde, moulée de noir, entre dans le bureau des gouvernantes. «Si vous pouviez mettre une jupe moins courte», suggère la gouvernante des lieux publics. «Je vais vous prêter l’une des miennes». Enfermée au sous-sol, dans un bocal de verre, une standardiste répète : «Room service, bonjour. Marie, à votre service». «C’est rare que les clients me laissent le temps de finir ma phrase», dit-elle. Les maîtres d’hôtel se bousculent devant les ascenseurs. Sous une cloche argentée, des saucisses chaudes s’envolent vers une petite suite à 14 900 francs (un peu plus de 2 000 dollars). Au premier étage, les chambres résonnent de mots d’anglais. Une vingtaine de sociétés ont fait déménager les lits pour y installer leur QG. La gouvernante générale s’enquiert de ses bouquets. «J’ai un client festivalier qui ne supporte que les lys blancs de Casablanca. Un autre veut des orchidées». 10h30 dans un coin de la cuisine centrale. Deux jeunes Autrichiennes coiffées de calots blancs lavent une salade brin par brin. Les mini-poivrons sont farcis à la douille. Une caisse de thym repart chez l’envoyeur. «J’avais demandé du thym en fleurs», tranche le premier sous-chef, le portable à l’oreille. Midi à l’entresol. Dans la cantine du personnel, un cafetier déballe son casse-croûte. «Nicole Kidman, je la verrai ce soir», glisse-t-il. «Je fais un extra pour servir un cocktail». 16h30 à la lumière du jour. Michel Piccoli se prête au jeu des questions sur la piscine recouverte d’un plateau de télévision. Dans la pénombre des profondeurs, l’économat épluche les «165 000 francs de factures du jour». Au bar, c’est l’heure de «la coupe de champagne à 95 francs du gin tonic ou du vin rouge pour les Américains». Un barman déclare ouverte la 54e édition du festival : «Ça y est, on peut dire que c’est commencé. Je vois les premiers smokings arriver». À 18h45, dans le hall enfiévré, dix robes longues et trois dos nus entourent le président du groupe Canal + Pierre Lescure. Le réalisateur taïwanais Edward Yang s’engouffre dans une voiture de luxe. Au sous-sol, une lingère recoud un torchon.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Debout le bagagiste, la femme de chambre et la lingère. Debout le concierge aux clefs d’or, le maître d’hôtel et le barman. Du matin au soir ou du soir au matin, les 500 employés du palace cannois Majestic – dont une moitié de saisonniers durant le festival – sont debout, toujours et partout. Il est 5h00, le palace rêve encore. Au fond d’un couloir en sous-sol, trois pâtissiers sortent les croissants du four. La nuit s’achève sous les néons du «room service». Un maître d’hôtel classe les fiches de petit déjeuner que les clients ont accrochées à la poignée dorée de leurs chambres à coucher. Régine, «une habituée», veut «des pruneaux et du beurre allégé». Paul McCartney a commandé des «chips, des noix et des produits diététiques qu’il faut aller chercher». 6h00 à la cuisine centrale. Quatre...