Aux Pays-Bas, chantres de la modération salariale en Europe, les hausses de salaires substantielles que se sont octroyées les dirigeants de certaines grandes entreprises comme Philips ou ABN Amro font grincer bien des dents. «De telles hausses de salaires donnent un mauvais signal aux employés», s’est indigné le président de la Banque nationale des Pays-Bas Nout Wellink dans un entretien avec le quotidien économique Financieele Dagblad. «Des hausses de salaires irresponsables», a pour sa part estimé le président de la principale confédération syndicale du pays, le FNV, Lodewijk de Waal. Première entreprise visée par ces critiques, le géant de l’électronique grand public Philips. Ses dirigeants se sont octroyé une hausse de salaire de 13,8 %, soit quasiment quatre fois plus que l’augmentation consentie aux employés du groupe aux Pays-Bas. «Ces salaires ont été fixés pour permettre à Philips de garder des dirigeants motivés et ils sont en ligne avec d’autres entreprises du secteur», se défend-on chez Philips. «Nous ne sommes pas contre des rémunérations conséquentes pour les dirigeants, mais ces hausses ne sont pas responsables», rétorque Paulus Plas, un porte-parole du FNV. Il cite alors les augmentations de 40 % que se sont octroyées les dirigeants de l’assureur PGGM et la moyenne de 13 % de hausses enregistrée pour les dirigeants des plus grosses entreprises néerlandaises. «Les employés se disent qu’ils veulent aussi avoir leur part du gâteau et en tant que syndicat nous avons toutes les peines du monde à leur faire accepter des demandes plus raisonnables», poursuit M. Plas. Ces hausses semblent aussi porter atteinte au modèle social néerlandais. En 1982, alors que le chômage culminait à plus de 10 %, syndicats et patronat ont signé les accords de Wassenaar. D’un côté, les patrons acceptaient une réduction du temps de travail en s’engageant à embaucher, de l’autre, les syndicats acceptaient la modération salariale. Neuf ans plus tard, le pari a réussi et le chômage est de 2,4 %. «Des hausses de salaires incontrôlées conduiront à une augmentation du chômage. Nous allons scier la branche sur laquelle nous sommes assis», met en garde le FNV. Une constatation renforcée par un rapport de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) publié jeudi dernier. L’OCDE note que compte tenu de la vigueur de l’économie néerlandaise – croissance du PIB estimée aux environs de 3 % pour 2001 et 2002 –, le principal risque qui guette les Pays-Bas est «une accélération des salaires». Combinée à un assouplissement de la politique budgétaire, celle-ci «pourrait déclencher une spirale salaires-prix, ce qui saperait la compétitivité et les perspectives de l’emploi». Les syndicats appellent les grands patrons néerlandais à montrer l’exemple et à respecter un accord sur la modération de leurs salaires conclu il y a deux ans. Le FNV veut lancer une large discussion sur les écarts de revenus au sein du Conseil économique et social, le principal organe de discussion entre partenaires sociaux. Pour augmenter la pression, Lodewijk de Waal a lancé l’idée d’une «taxe sur les kleptocrates». Celle-ci s’appliquerait aux dirigeants qui gagnent plus de 100 fois le salaire minimum, soit environ plus de 3 millions de florins (1,36 million d’euros) par an et aurait un taux de 100 %. Une idée révolutionnaire que M. de Waal a lancée le 1er mai dans une intervention sur le thème de...l’utopie.
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