Les Israéliens s’apprêtaient hier à célébrer leur fête nationale, qui marque le 53e anniversaire de la création de l’État hébreu, mais l’ambiance festive était assombrie par les violences qui, en sept mois, ont fait 73 morts israéliens. «Même si nous avons l’armée la plus forte au Proche-Orient, c’est toujours le bordel ici», se lamente Yaakov Levi, 38 ans, en descendant la principale rue piétonne de Jérusalem, cible de plusieurs attentats mortels. «S’il n’y a pas de sécurité, il n’y a pas d’indépendance», ajoute-t-il. Les Israéliens ont observé hier une minute de silence, alors que les sirènes retentissaient pour le «Jour du souvenir» des soldats tombés durant les diverses guerres avec les Arabes, qui doit être suivi aujourd’hui par les célébrations de l’indépendance. Une série d’attentats anti-israéliens et l’escalade de la violence dans les territoires palestiniens ont accentué le sentiment de vulnérabilité des Israéliens. «Tous les Israéliens ont peur maintenant. Une personne sort de sa maison le matin en ne sachant pas si elle va y revenir», affirme Lada Filgoni, 32 ans. Les forces de sécurité israéliennes sont en alerte maximale et Israël a imposé un bouclage total à la Cisjordanie et la bande de Gaza, jusqu’à vendredi matin. «Contrairement aux années précédentes, le pays ne semble pas avoir envie de célébrer cette journée de l’indépendance», écrit le quotidien Jerusalem Post. Cette attitude est justifiée par «les autobus qui explosent à Kfar Saba, les obus de mortier sur Sdérot et les tirs sur les routes de Judée Samarie (Cisjordanie)», qui ôtent toute envie de célébration, affirme le journal en référence au dernier attentat-suicide à Kfar Saba, au nord de Tel-Aviv, et aux tirs palestiniens de mortier sur la localité de Sdérot, dans le sud d’Israël. La situation a presque poussé Tal Ben-Zvi, 25 ans, à quitter le pays. «Je suis là aujourd’hui pour la seule raison que je n’ai pas pu trouver un billet d’avion», dit-il, ajoutant que pour «terrifier le peuple israélien, il suffit de l’attaquer en une journée comme aujourd’hui (mercredi) ou demain (jeudi)». Tal Ben-Zvi se rappelle que l’année dernière, avant le son des sirènes, la place de Sion à Jérusalem était noire de monde. Cette année, une quinzaine de personnes ont observé une minute de silence sur cette place. Les Israéliens fêtent d’habitude la journée de l’indépendance en accrochant des drapeaux aux balcons et sur les voitures. Cette année, les ventes de drapeaux ont connu une baisse significative, selon le quotidien Yediot Aharonot. Parmi les célébrations prévues, une grande fête doit avoir lieu dans une discothèque de la zone industrielle de Talpiot, où une voiture a explosé le 27 mars faisant plusieurs blessés israéliens. Bien que les services de sécurité prévoient que des milliers de fêtards vont assister aux concerts et célébrations prévus, certains Israéliens affirment qu’ils ne sortiront pas de chez eux cette année. «J’avais l’habitude d’aller aux fêtes, mais cette année je reste à la maison», indique Herzl Muthada, un fleuriste de 39 ans, qui précise : «On ne sait jamais quand ça va exploser». Malgré la peur, d’autres Israéliens refusent de faire l’impasse sur les célébrations. «Nous devons célébrer, en dépit de tout», martèle Yoav Yehudai, 69 ans. «Ça a toujours été pareil pour nous, et ce n’est pas différent des autres pays. Le danger existe aussi en France, en Amérique ou en Espagne», poursuit-il. Pour Lada Filgoni, l’indépendance «existe, mais ce ne sera pas la fête cette année».
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