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Actualités - Book Reviews

Marie Moarbès : - « Mon père m’attendait à Manille »

Son père l’attendait à Manille. «Je ne pars pas sans Marie», n’a-t-il cessé de répéter. Marie Moarbès, Marie-courage, qui a de qui tenir, a vécu une parenthèse d’enfer de 4 mois à Jolo. Elle en est revenue différente, nouvelle. Avec ses mots et sa pudeur, elle parle de l’essentiel, non plus en otage qu’elle a longtemps été, d’une situation et d’une histoire, mais en femme, aujourd’hui presque entièrement libérée de toutes ces contraintes. Je reviens de loin » La femme qui s’exprime a la voix calme, profonde, le regard lointain et distant, la distance qu’imposent les épreuves difficiles et qui force le respect. Lorsque Mitta parle, son père Michel ne la quitte pas des yeux. «Le souffleur», comme il se qualifie, «le renfort», comme elle l’appelle, pourrait lui-même conter ces 4 mois, jour pour jour, comme s’il y était. Sa prison à lui sera son impuissance et Manille où il restera, en attendant, en tentant l’impossible pour sauver sa fille. Avec des mots forts et vrais, elle donne – sans le vouloir – une belle leçon de courage ; il donne – sans le savoir – une formidable leçon d’amour. Une histoire extraordinaire Retrouver Marie Moarbès au Liban est un bonheur. Loin des images lourdement médiatisées dont elle restera longtemps l’otage, loin de ce cadre d’«apocalypse now» qui l’a retenue prisonnière durant 4 interminables mois ; s’assurer qu ’elle va bien, lui dire qu ’elle nous a émus, qu’on était fier et l’écouter enfin parler. «Je suis une personne ordinaire à qui il est arrivé quelque chose d’extraordinaire». Marie a en effet vécu une enfance ordinaire au Liban. Études scolaires, universitaires, les beaux-arts à l’Alba et un départ pour la France en 1990. «Je suis partie poursuivre mes études et quitter une situation invivable. Nous habitions sur une ligne de front. Je ne suis plus revenue car la manière dont fonctionne le Liban ne me correspond pas vraiment. Ça ne colle pas». La vie de Marie sera bouleversée un banal 23 avril de l’an 2000, un dimanche de Pâques, lorsque ses vacances ordinaires se transformeront en voyage au bout de l’enfer. «Au moment même, je n’avais pas réalisé ce qui se passait. Au bout d’une heure et demie de bateau, j’ai commencé à avoir peur. J’ai surtout pensé à mon père en me disant que j’allais encore me faire engueuler !». Jusqu’à une heure avancée de la nuit, les otages croyaient encore que quelque chose allait se passer, qu’ils seraient vite libérés. «Au bout d’une semaine, nous avons compris que le fait que l’on soit des ressortissants étrangers ne changerait rien à notre sort. J’ai alors pensé que ça durerait 15 jours, trois semaines au pire». Mais c’est bien pire. Le temps passe, les otages sont régulièrement contraints de changer de camp. «Il n’y avait pas de routine possible. Nous n’avions plus de repères, pas d’habitudes». Les sentiments qu’elle retiendra sont violents et légitimes, «des sentiments assez extrêmes, la peur, l’espoir, une haine, très forte par moment, et le désespoir, quelquefois». Les images ramenées par les journalistes montreront une Marie étrangement calme, disponible, forte. «Moi aussi j’ai craqué ! Mais dans une situation pareille et lorsqu’il n’y a rien d’autre à faire que de subir, le seul choix qui nous reste, c’est le choix du comportement. Puisqu’il n’y avait plus rien à perdre, j’ai préféré utiliser le temps qui restait à faire quelque chose de positif». La vie s’improvise au quotidien, les otages ne soupçonnent même pas que les yeux – souvent indiscrets – du monde sont rivés vers eux. Ils ne soupçonnent même pas que ce dimanche 27 août, un de plus où l’on vient encore une fois leur parler de libération, sera le bon. «Je faisais la vaisselle lorsque les preneurs d’otages sont venus nous annoncer que nous avions 5 minutes pour faire nos bagages. Je n’ai pas compris immédiatement, j’ai continué à faire ma vaisselle. Il a fallu qu’ils s’énervent pour que je commence à les prendre au sérieux». La libération sera aussi violente que la prise d’otages, aussi perturbante. «J’ai ressenti un grand soulagement mais aussi beaucoup de culpabilité en laissant derrière nous des otages encore prisonniers». Après un passage obligé en Libye, les compagnons d’infortune se séparent, trop vite. «Nous avions vécu ensemble une situation très difficile sans s’être choisi, sans se connaître à la base, sans même avoir eu le temps de faire connaissance. Au bout de 4 mois d’intimité, nous avions été séparés d’un seul coup». Mitta retrouve alors la France, ses repères et son espace. Pour se retrouver. Une personne extraordinaire Un an plus tard, il reste de ces moments des images, des acquis et un livre, Mon père m’attendait à Manille qui vient de paraître chez Laffont et que Marie signera cet après-midi, à partir de 16 heures, à la Librairie Orientale de Sin el-Fil. «Ce que j’ai tiré de cette expérience ? Il y a des choses essentielles qu’on oublie trop souvent, qui semblent acquises et qui ne le sont pas. J’ai bien évolué en un an, j’ai surtout changé de priorités». Son livre, elle l’écrira «en terme de témoignages», pour «faire le tour de l’histoire. J’ai voulu la raconter en une fois et la terminer, une fois pour toute. J’ai également voulu garder une trace». Elle gardera surtout en elle la nouvelle Marie, découverte là-bas et ramenée dans ses bagages émotionnels. Lorsqu’elle écrit dans son livre, «cette Marie que j’aime bien, que je respecte, parce qu’elle a du cran, va disparaître absorbée par la vie de tous les jours. Et cet abandon me fait peur», l’envie de la rassurer s’impose. Car cette Marie-là restera. Pour le bonheur de tous. «La réaction des Libanais et toutes les lettres que j’ai reçues m’ont énormément touchée. Je me disais qu’il fallait tenir encore, pour eux aussi. Que ce serait grave si le Cèdre s’effondrait !». Le Cèdre a tenu bon. N’a-t-il pas la réputation d’être incorruptible ?
Son père l’attendait à Manille. «Je ne pars pas sans Marie», n’a-t-il cessé de répéter. Marie Moarbès, Marie-courage, qui a de qui tenir, a vécu une parenthèse d’enfer de 4 mois à Jolo. Elle en est revenue différente, nouvelle. Avec ses mots et sa pudeur, elle parle de l’essentiel, non plus en otage qu’elle a longtemps été, d’une situation et d’une histoire, mais en femme, aujourd’hui presque entièrement libérée de toutes ces contraintes. Je reviens de loin » La femme qui s’exprime a la voix calme, profonde, le regard lointain et distant, la distance qu’imposent les épreuves difficiles et qui force le respect. Lorsque Mitta parle, son père Michel ne la quitte pas des yeux. «Le souffleur», comme il se qualifie, «le renfort», comme elle l’appelle, pourrait lui-même conter ces 4 mois, jour pour...