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Actualités - Chronologies

Kosovo : ils étaient riches, ils n’ont plus rien...

Ils étaient riches au Kosovo qu’ils ont quitté dans la précipitation en 1999 à la fin de la guerre, et vivent aujourd’hui au Monténégro dans la plus grande misère. «Notre vie est un fiasco complet», résument Radoslav Laban, 65 ans, et son épouse Ljubimka, 63 ans. Le vieux couple serbe a trouvé refuge dans un pauvre chalet d’Uvac, un hameau loin de tout, en pleine montagne, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Podgorica. Radoslav est parti «de justesse» le 23 juin 1999 de Pec, dans l’est du Kosovo, où il résidait depuis des décennies avec sa famille. Les forces yougoslaves venaient de quitter la province serbe à majorité albanaise et l’administration de l’Onu s’y installait. Les extrémistes albanais de l’UCK (Armée de libération du Kosovo/aujourd’hui dissoute) sont entrés dans Pec. «Ils ont brûlé, pillé, se sont livrés à des massacres, j’ai tout juste eu le temps de monter dans une voiture et de fuir à toute vitesse», raconte Radoslav. Cette histoire est sans doute très banale. Plus de 200 000 Serbes et non-Albanais, qui vivaient au Kosovo, souvent depuis des générations, ont abandonné leurs biens dans la hâte, en quelques heures, pour se soustraire aux menaces et aux violences des extrémistes de l’UCK. Mais elle illustre la quasi-impossibilité pour ces déplacés de retrouver avant des lustres leurs foyers. «J’aimerais rayer le Kosovo de ma mémoire, je ne veux plus jamais en entendre parler, la coexistence entre communautés y est désormais impossible, la haine a tout envahi», souffle le vieil homme. Radoslav Laban avait deux entreprises – Jugoplast et Jugofirma – à Pec, ville connue pour avoir abrité pendant des siècles le siège de l’Eglise orthodoxe serbe. «Je faisais du commerce, du transport, de la restauration, de la décoration intérieure. Nos relations avec les Albanais étaient plutôt bonnes», se souvient-il. «Le drame, je ne l’ai pas vu frapper à ma porte. Au contraire, je pensais que l’arrivée de l’Onu et des soldats de la Force multinationale allait apaiser les tensions», affirme Radoslav. «J’ai perdu quatre maisons, 25 hectares de terres, des véhicules, des ordinateurs, des entrepôts», énumère-t-il, pêle-mêle. «J’avais laissé à la banque entre quatre et cinq millions de deutschmarks, des titres de propriété, des reconnaissances de dettes, tout a été détruit, la banque n’existe plus, je n’ai plus rien», ressasse-t-il. «Depuis deux ans, je ne reçois pas un sou, je me demande où passe l’aide humanitaire destinée aux déplacés du Kosovo», se désole Radoslav. Seul le loyer du chalet, qui appartient à un Serbe, est payé par le gouvernement du Monténégro, ainsi que l’électricité. «Pour le reste, c’est au jour le jour», dit le sexagénaire. Lui qui a connu la richesse, à l’instar des commerçants de Pec, vit aujourd’hui dans le plus grand dénuement. Deux petites pièces qui sentent le moisi, un lit pliable, une vieille télévision. Les latrines sont à l’extérieur, dissimulées par des pans de planches vermoulues. Pas d’eau courante. Mme Laban troque vite sa robe de chambre d’un autre âge pour une longue jupe chiffonnée, et propose un café au visiteur. «Les passages sont rares, ici c’est le bout du monde, sauf l’été lorsque les gens cherchent à échapper à la canicule de Podgorica. Il fait si froid en hiver !», se lamente-t-elle. Les quatre filles du couple se sont également repliés du Kosovo au Monténégro. De temps en temps, elles apportent un peu d’argent. «Mais c’est dur pour elles aussi, leurs revenus ne dépassent pas les 300 marks (135 dollars) par mois, elles ont leurs enfants, leur travail», souligne Radoslav. Selon le HCR, quelque 32 000 Serbes du Kosovo se sont réfugiés au Monténégro. Nombre d’entre eux espèrent toujours retrouver un jour leurs foyers. Mais plus le temps passe, plus l’espoir s’amenuise. Le couple Laban a décidé, lui, de tirer un trait sur ce passé.
Ils étaient riches au Kosovo qu’ils ont quitté dans la précipitation en 1999 à la fin de la guerre, et vivent aujourd’hui au Monténégro dans la plus grande misère. «Notre vie est un fiasco complet», résument Radoslav Laban, 65 ans, et son épouse Ljubimka, 63 ans. Le vieux couple serbe a trouvé refuge dans un pauvre chalet d’Uvac, un hameau loin de tout, en pleine montagne, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Podgorica. Radoslav est parti «de justesse» le 23 juin 1999 de Pec, dans l’est du Kosovo, où il résidait depuis des décennies avec sa famille. Les forces yougoslaves venaient de quitter la province serbe à majorité albanaise et l’administration de l’Onu s’y installait. Les extrémistes albanais de l’UCK (Armée de libération du Kosovo/aujourd’hui dissoute) sont entrés dans Pec....