Prises dans les griffes de leurs proxénètes, elles sont actuellement 1 500 venues de Moldavie, de Roumanie, de Bulgarie et d’Ukraine à «travailler» dans des maisons closes en Macédoine où, selon des experts macédoniens, la mafia albanaise tire les ficelles de ces activités très lucratives. La position géographique de la Macédoine, frontalière de l’Albanie, de la Yougoslavie, de la Grèce et de la Bulgarie, en fait un «territoire idéal pour des réseaux de prostitution de filles venant des pays de l’Est», a déclaré une source proche du ministère macédonien de l’Intérieur. Selon cette source, «les filles viennent de Moldavie, de Roumanie, de Bulgarie, d’Ukraine, mais la clientèle demande tout le temps de nouvelles têtes, et les “ meilleures” partent ensuite vers la République tchèque, l’Italie et l’Allemagne». «Elles gagnent environ 100 DEM de l’heure et 200 pour la nuit. Elles sont vendues dans des “centres de tri” à Odessa, à Sofia et à Belgrade pour des sommes allant entre 1 000 et 2 000 DEM, avant d’arriver en Macédoine», a déclaré la même source. Ces femmes tombées dans l’engrenage de la prostitution, «dépossédées de leurs papiers et dans une situation parfaitement illégale», doivent, selon cette source, «racheter ensuite leur liberté à un prix pouvant monter jusqu’à 10 000 DEM». «Un propriétaire gagne ainsi entre 30 000 et 40 000 DEM par mois», selon des chiffres cités par un expert macédonien s’exprimant sous couvert de l’anonymat. «La demande est grande, notamment en raison de la présence des soldats participant aux opérations de l’Onu et de l’Otan en Macédoine et au Kosovo», a-t-il ajouté. La mafia albanaise, dont le principal proxénète en Macédoine est Bojko Dilaler, selon une source policière, a eu peur de perdre «son business» lors des affrontements, en février et mars, entre la guérilla albanaise et l’armée. Elle avait temporairement fermé ses bordels, essentiellement situés dans l’ouest, le sud-ouest et le nord-est de la Macédoine, a ajouté cette source policière. Elle a affirmé que le village de Velezde, situé dans le sud-ouest du pays frontalier avec l’Albanie et interdit à la presse par la mafia albanaise, compte «à lui seul sept bordels où travaillent 200 filles». La prostitution est interdite en Macédoine, mais les autorités «n’ont pas les moyens de combattre ce phénomène grandissant» qui profite d’un vide juridique en la matière, selon un responsable du ministère de l’Intérieur. La police affirme avoir tenté de procéder à des arrestations en flagrant délit à l’aide de caméras cachées dans des chambres, mais la justice macédonienne ne reconnaît pas les vidéos ni les enregistrements comme des preuves. «La seule preuve parfaite devant les tribunaux», selon un expert, «est une preuve écrite sous forme de plainte, mais souvent les femmes victimes de leurs proxénètes se rétractent par peur de représailles». La prostitution sous sa forme actuelle, selon la police, a commencé à prendre de l’essor en Macédoine en 1990 après la chute du communisme, notamment avec l’arrivée des soldats étrangers. Les maisons closes albanaises sont souvent, selon la police, de grandes demeures à plusieurs étages, avec des restaurants et des «programmes nocturnes» avec variétés et programmes musicaux. «Un proxénète travaille généralement avec quatre ou cinq femmes, qui sont souvent sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue». «Ce sale travail est l’œuvre de la mafia albanaise», ajoute un expert. Aucun cas de meurtre de prostituée n’a été enregistré jusqu’à présent, mais des cas d’infanticide ont été répertoriés. Un expert cite le cas d’une jeune Moldave qui a «“ travaillé ” en étant enceinte et qui a étouffé son bébé avec ses compatriotes dans des toilettes», et à laquelle son proxénète a ordonné de «reprendre le travail deux jours seulement après son accouchement».
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