Les intérêts économiques entre la Chine et les États-Unis sont tels qu’il est peu probable que la crise de l’avion espion ait des effets durables sur les relations entre les deux pays, même si le bras de fer a attisé la hargne des «faucons» à Pékin comme à Washington. La détention pendant 12 jours de l’équipage de l’avion espion américain entré en collision avec un chasseur chinois au large de l’île de Hainan (sud) a déchaîné les passions des deux côtés du Pacifique. Mais la libération jeudi des 24 militaires américains devrait permettre de limiter les retombées diplomatiques, estiment les analystes. «Je ne m’attends pas à ce que la crise ait des effets catastrophiques», assure le chercheur Guo Xiangang, de l’Institut chinois d’études internationales, qui émane du ministère des Affaires étrangères. Les deux pays peuvent avoir des divergences graves à propos de Taïwan ou des questions militaires, mais leurs échanges commerciaux les rapprochent chaque jour davantage. L’an dernier, les exportations chinoises vers les États-Unis ont pour la première fois dépassé 100 milliards de dollars, soit six fois plus que les exportations américaines vers la Chine. Les groupes américains, qui espèrent rétablir l’équilibre en vendant davantage aux près de 1,3 milliard de consommateurs chinois, investissent en masse sur le marché chinois. Il est dans ces conditions plus que probable que le Congrès américain, pourtant très remonté contre Pékin, renouvelle une fois de plus la clause des «relations commerciales normales» au profit de la Chine s’il est amené à se prononcer à nouveau en juin. Washington a également tout intérêt à faciliter l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), même si les négociations multilatérales font encore l’objet de difficiles tractations à Genève. «Les deux parties sont conscientes que leurs relations souffrent de nombreux problèmes, mais qu’il leur faut aussi foncièrement entretenir des relations saines», estime le sinologue Joseph Cheng, de l’université City à Hong Kong. En novembre 1999, les deux pays avaient signé un accord bilatéral sur l’adhésion de la Chine à l’OMC alors que leurs relations avaient été gelées six mois plus tôt par le bombardement de l’ambassade de Chine en Yougoslavie par l’aviation de l’Otan. La crise avait alors vu des centaines de milliers de Chinois manifester parfois violemment contre les représentations diplomatiques américaines, tandis que Pékin suspendait ses contacts avec Washington dans le domaine militaire, de la non-prolifération des armements et des droits de l’homme. Pékin n’a cette fois eu recours à aucune de ces armes. Les rares manifestants qui ont tenté d’approcher de l’ambassade des États-Unis durant la crise ont été promptement appréhendés par la police. Le bras de fer pourrait même avoir des conséquences positives, espèrent les analystes chinois. Ces derniers estiment que la nouvelle Administration américaine a été forcée d’assouplir son attitude face à Pékin, alors que George W. Bush était arrivé au pouvoir déterminé à faire de la Chine un «adversaire stratégique» et non un «partenaire» comme l’affirmait l’Administration Clinton. L’attitude de Washington sera plus claire à la fin du mois quand M. Bush prendra sa décision sur les demandes de ventes d’armes formulées par Taïwan. Les analystes prochinois estiment que M. Bush devrait renoncer à vendre à Taipei le système de défense antiaérienne Aegis afin d’éviter une nouvelle crise avec les «faucons» qui, à Pékin, rêvent d’un prétexte pour envahir l’île.
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