Des milliards de dollars sont en jeu dans la tempête diplomatique provoquée par la décision du président George W. Bush d’enterrer le protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz réchauffant l’atmosphère. La décision de M. Bush ne pose pas seulement le problème de la ratification et de l’entrée en vigueur de cet accord international, elle pourrait aussi créer des distorsions de concurrence au profit des industriels américains, observent des responsables européens en charge des négociations climatiques. Le protocole a été conclu en 1997 sous l’égide de l’Onu et signé par 84 pays. Il n’a été ratifié par aucun des 38 pays occidentaux et est-européens (à l’exception de la Roumanie) auquel il impose de réduire de 5,2 % en moyenne leurs émissions de CO2 (gaz carbonique) et de cinq autres gaz à effet de serre en 2010 par rapport à 1990. Pour qu’il entre en vigueur, il doit être ratifié par un nombre de pays engagés représentant au moins 55 % de leurs émissions de CO2 de 1990. Les pays du Sud n’ont pas d’objectifs quantifiés. Pendant plus de trois ans, Européens et Américains se sont entre-déchirés sur la définition des règles d’application du protocole dont ils ont fait dépendre leur ratification. Les joutes, auxquelles le tiers-monde a souvent assisté en observateur, ont porté notamment sur la taxation des énergies polluantes qui fausse les conditions de concurrence, si elle n’est pas harmonisée au plan international, et sur les règles du futur marché mondial du CO2, une bourse qui devrait peser 20 à 30 milliards de dollars par an après 2010. L’atmosphère ignore les frontières Ce marché permettra aux pays ayant des obligations chiffrées d’échanger excédents et déficits d’émissions, selon qu’ils sont très pollueurs ou moins pollueurs. Il permettra aussi aux pays industriels d’obtenir une rallonge de pollution en aidant les pays en transition et en développement à s’équiper de technologies propres. Au plan climatique, l’idée du marché du carbone est que l’atmosphère ignore les frontières. Si le Canada est autorisé à polluer plus parce qu’il a aidé la Chine à polluer moins ou acheté un permis d’émission au Portugal qui a réduit ses émissions davantage que nécessaire, le bilan global des rejets de CO2 est le même. L’impact de la défection de Washington au plan financier, l’idée est que la diminution des émissions de CO2 est beaucoup moins chère à réaliser dans les pays en décollage que dans les pays hautement industrialisés où le rendement énergétique est déjà très élevé. Obnubilé par les pannes d’électricité californienne et la nécessité de construire de nouvelles centrales au charbon, l’énergie qui rejette le plus de CO2, pour faire face à la crise, le président Bush a renoncé à réglementer les émissions de CO2 et décidé d’ignorer le protocole de Kyoto. Du coup, les chancelleries européennes pèsent les chances de débaucher les alliés traditionnels des États-Unis dans les négociations climatiques, Russie et Japon notamment, pour passer le cap des 55 % nécessaires à la ratification du protocole et à l’entrée en vigueur de l’accord sans les Américains. Les économistes de leur côté calculent l’impact de la défection de Washington sur le marché du carbone. Avec 36 % des émissions de CO2 du Nord en 1990, les États-Unis pèsent lourd dans la ratification de Kyoto. Le respect de leur quota de Kyoto (-7 %) leur imposerait en fait une réduction d’émissions de 30 % à l’horizon 2010 compte tenu de l’envolée actuelle de leurs rejets. 2,2 milliards de tonnes d’émissions de CO2 à réduire en 2010, c’est 2/3 du futur marché mondial du carbone. Et une baisse assurée du prix en bourse si les Américains font définitivement défection, calculent des experts internationaux. Cependant, pronostique le consultant international PricewaterhouseCoopers, il y a tout à parier que les États-Unis reviendront sur leur décision de ne pas limiter les rejets de CO2 et que les entreprises américaines participeront «d’une façon ou d’une autre» aux transactions mondiales.
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