L’armée macédonienne a lancé mercredi une nouvelle offensive contre la guérilla albanaise au nord de la capitale, Skopje, attaquant au mortier les positions toujours tenues par les rebelles. Des forces spéciales de la police lourdement armées bloquaient dans l’après-midi les routes autour du village de Lipkovo, à une trentaine de kilomètres au nord de Skopje, et des tirs de mortier étaient entendus plus au nord, en direction de la frontière avec la province serbe à majorité albanaise du Kosovo. Près de Gracani, autre village proche de la frontière, plus à l’ouest et situé à une dizaine de kilomètres seulement des premiers faubourgs de Skopje, des tirs de mortier étaient aussi entendus, tandis que des véhicules militaires, chargés d’hommes et de matériel, ne cessaient de monter vers les montagnes et d’en descendre. «L’armée et les soldats sont venus dans le village la nuit dernière. La police a bloqué la route au nord du village et les soldats sont restés ici», a raconté Ismail Veseli, 31 ans, un habitant de Lipkovo, un village de 3 500 habitants proche des localités de Gosince, de Malino, de Malo et de Brest, l’un des secteurs où l’armée a annoncé mercredi avoir lancé des opérations de nettoyage. Mais cette offensive était visiblement de plus grande ampleur que de simples «nettoyages» ponctuels et se poursuivait dans l’après-midi. Selon M. Veseli, environ 250 soldats macédoniens, arrivés avec «trois chars et deux camions», ont passé la nuit dans le village avant de se mettre en marche vers 06h30 (04h30 GMT), vers les hauteurs qui dominent la route menant plus loin dans la montagne. Mercredi matin, le porte-parole de l’armée, le colonel Blagoja Markovski, avait annoncé que les forces macédoniennes avaient entamé «une nouvelle action de nettoyage des terroristes» le long de la frontière avec le Kosovo et que ces opérations avaient été «précédées d’un pilonnage à l’artillerie». Un commandant de l’UCK a affirmé que l’opération «avait commencé vers 08h00 (06h00 GMT) avec des bombardements et de l’artillerie. Tous mes hommes sont sur le front, les Macédoniens ne réussiront pas à entrer», a-t-il déclaré. Un autre combattant de l’UCK dans le secteur de Gracani a parlé d’une «grande offensive». Des combats avaient eu lieu depuis la semaine dernière à Gracani, dans ce qui semblait être une tentative de la guérilla de déplacer ses opérations de harcèlement hors de Tetovo, la grande ville du nord-ouest de la Macédoine où s’étaient concentrés depuis la mi-mars les affrontements entre forces macédoniennes et rebelles de l’Armée de libération nationale (UCK) des Albanais de Macédoine. L’armée macédonienne avait lancé dimanche une offensive militaire sur les hauteurs de la ville, pour en chasser les rebelles qui avaient pris position dans une dizaine de villages. Cette opération avait rapidement été qualifiée de succès. Le gouvernement macédonien avait reconnu mardi que les combats se poursuivaient à Gracani, tout en estimant que la crise était en voie d’achèvement et qu’il fallait «tirer les leçons du conflit». Le ministre macédonien des Affaires étrangères Srdjan Kerim a affirmé à ce propos, mercredi à Vienne, que son gouvernement prendrait des mesures pour améliorer la situation de la minorité albanaise de son pays. «Il n’y a aucun doute que mon gouvernement fera quelque chose pour améliorer la situation de la population albanaise. Des réponses légitimes doivent être apportées à toutes les revendications», a déclaré M. Kerim, qui appartient à la minorité turque de Macédoine. Les Albanais de Macédoine constituent une forte minorité représentant 23 % des deux millions d’habitants, officiellement, plus du tiers, selon les Albanais eux-mêmes, et sont représentés au gouvernement et au Parlement. Ils revendiquent en particulier un enseignement supérieur en langue albanaise, un statut de langue officielle pour l’albanais et un meilleur partage des emplois dans la fonction publique.
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