Pris entre son engagement de réprimer sans pitié les attentats palestiniens et sa volonté de ne pas tomber dans le piège de la provocation en plein sommet arabe, le Premier ministre israélien Ariel Sharon faisait face hier à sa première crise depuis son arrivée au pouvoir. Venant s’ajouter à la mort lundi d’un bébé, une petite fille de dix mois tuée par un tireur palestinien à Hébron, en Cisjordanie, les deux attentats à la bombe perpétrés hier en plein Jérusalem rendaient pratiquement inévitable une réplique musclée de M. Sharon, mais sans doute pas dans l’immédiat. «Je ne pense pas qu’il y aura quoi que ce soit durant les deux journées à venir à cause du sommet» arabe, a déclaré un analyste israélien, Joseph Alpher, un ancien conseiller du prédécesseur de M. Sharon au poste de Premier ministre, le travailliste Ehud Barak. Mais, a poursuivi M. Alpher, qui parlait avant même le deuxième attentat, «il n’a pas d’autre choix que de faire quelque chose de spectaculaire». Les autorités israéliennes sont convaincues que le très net regain de violence enregistré depuis une dizaine de jours a pour objectif de forcer la main à M. Sharon et de l’amener à déclencher des représailles massives. «Les Palestiniens continuent de se livrer à des provocations dans le but d’amener l’armée à réagir durement pour provoquer une escalade afin d’atteindre leurs buts politiques», affirmait l’armée dès lundi soir dans un communiqué publié après la mort à Hébron de la petite Shalevet Pass. Il s’agissait d’une allusion à la campagne des Palestiniens visant à obtenir l’envoi sur le terrain d’une force internationale d’observateurs afin de protéger la population civile. L’État juif y est catégoriquement opposé et bénéficie sur ce point de l’appui des États-Unis. Mais ce refus pourrait vite devenir politiquement intenable en cas de représailles sanglantes de la part de l’armée israélienne. C’est cette raison qui explique la «retenue» dont fait preuve M. Sharon dans cette crise. Malgré son image d’homme prompt à appuyer sur la gâchette, aucune réplique israélienne n’avait encore eu lieu hier soir, un fait en soi remarquable si l’on se souvient que M. Sharon a été triomphalement élu Premier ministre le 6 février sur ses promesses de rétablir la sécurité des Israéliens. Ses critiques acerbes contre M. Barak, auquel il reprochait sa «retenue» face au «terrorisme», sont encore dans toutes les mémoires. Mais M. Sharon ne peut se permettre de se cantonner dans cette «retenue» pendant trop longtemps, de peur de perdre toute crédibilité auprès de l’opinion publique israélienne. Avant même les deux attentats d’hier, les premières critiques ont commencé à s’abattre sur lui, certains des éditorialistes l’accusant pratiquement de mollesse. «La retenue qu’il s’est imposée montre à quel point il veut éviter d’entraîner le pays dans la guerre», écrivait hier un éditorialiste dans le Yediot Aharonot, le plus grand quotidien israélien. Mais, ajoutait-il, «il doit savoir qu’en agissant de cette manière, il ne pourra pas conserver sa crédibilité très longtemps». Sans même parler des deux attentats d’hier, l’opinion publique israélienne veut une réaction ferme à la mort du bébé d’Hébron, que l’armée et le gouvernement israéliens ont décrit comme un assassinat pur et simple. «Il est inconcevable que le meurtre de sang-froid d’un bébé reste sans réponse», estimait un autre éditorialiste du Yediot. Prisonnier de sa rhétorique électorale, M. Sharon ne semblait donc pas pouvoir différer sa réplique plus de quelques jours. «Compte tenu de qui est Sharon, de ce qu’attendent ses partisans et de la manière dont il voit la situation», M. Alpher estime «relativement probable» une réaction forte, sans toutefois prédire sa nature. «Il devra faire face aux réactions internationales et il sera intéressant de voir comment sa coalition (qui va de la gauche à l’extrême droite) réagit», ajoute-t-il.
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