Souverain avec ses clubs, le football espagnol a du mal à s’exprimer au plus haut niveau avec sa sélection nationale, fragile lors des grandes compétitions. «Contre la France, nous avons joué comme jamais et nous avons perdu comme toujours». Le commentaire après la défaite à l’Euro de l’équipe d’Espagne devant la France (et notamment un penalty raté de Raul à la dernière minute) est devenu une rengaine en Espagne, où les supporteurs acceptent désormais les contre-performances de leur sélection comme une fatalité. Le dernier Euro (quarts de finale) ou le Mondial 98 français (éliminée au premier tour) illustrent les difficultés d’une équipe nationale dont le dernier fait de gloire remonte à la finale de l’Euro 1984 contre... la France. «L’Espagne a toujours été une sélection de deuxième zone», concède même avec tristesse l’entraîneur du Real Madrid Vicente del Bosque. Sacrée championne du monde des matches amicaux et des phases préliminaires par la presse ces dernières années, l’équipe se montre aujourd’hui même friable lors de rencontres amicales. Les Ibériques ont ainsi concédé d’inquiétantes défaites 4 à 1 et 3 à 0 contre l’Allemagne et l’Angleterre, toutes deux en pleine phase de reconstruction et de doute. Pourtant, avec trois clubs en quarts de finale de la Ligue des champions et quatre au même stade de la Coupe de l’UEFA, le football espagnol est le plus puissant d’Europe au niveau des clubs. Mieux, ses sélections de jeunes sont redoutables avec des titres mondiaux des moins de 21 ans et de 18 ans et une équipe espoirs vice-championne olympique (battue aux tirs au but. Déstabiliser De Raul à Guardiola, en passant par Mendieta ou Morientes, il est impossible de nier la qualité des joueurs espagnols. Et les erreurs récurrentes de ses gardiens, coupables d’énormes bévues, d’Arconada contre la France en 1984 à Zubizarreta devant le Nigeria au Mondial 1998 en passant par Molina face à la Norvège à l’Euro 2000, n’expliquent pas toutes les défaites et le mystère de la fragilité espagnole. José Antonio Camacho, l’entraîneur de la sélection, estime que la puissance des clubs déstabilise la sélection. «Trois jours avant le match contre l’Angleterre, je prends les joueurs. Je leur parle, je les fais s’entraîner. Angleterre-Espagne, c’est une belle affiche tout de même! Et bien, non. Ce n’est pas assez puisque, quand la presse débarque à la concentration de l’équipe, elle préfère parler du prochain Real-Barcelone, du championnat ou de la Coupe d’Europe...». Et il est vrai que plus d’un aficionado reconnaît qu’il s’intéresse plus à son club qu’à l’équipe nationale. «L’Espagne a perdu l’Euro, et alors ? Le Real a gagné la Ligue des champions. Les champions d’Europe, c’est le Real», affirme un gardien d’immeuble. Il reste maintenant à savoir si ce désintérêt est la cause ou la conséquence des performances de l’équipe d’Espagne.
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