Un concours de photos sur Internet a été pris en otage par le conflit israélo-palestinien, forçant le site d’informations MSNBC.com qui l’organisait à l’interrompre. En janvier, cette filiale de Microsoft et de la chaîne de télévision NBC décide de demander aux internautes de désigner leur photo préférée de l’année, dans le cadre d’un concours intitulé «L’année 2000 en photos». Parmi elles, figure le cliché, qui a fait le tour du monde, d’un enfant palestinien et de son père tentant contre un mur de se protéger de tirs dans la bande de Gaza. Après quelques semaines, la photo est largement en tête des votes électroniques. Mais soudain une autre photo, représentant un jeune chiot paralysé des pattes arrière, se met à rassembler assez de votes électroniques pour passer en tête. De nombreux échanges de e-mails, sur le site de MSNBC mais aussi dans des forums de discussion, démontrent que partisans de la cause palestinienne d’un côté et d’Israël de l’autre battent le rappel des volontaires pour les convaincre de voter les uns pour l’enfant, les autres pour le petit chien. Les deux photos se dépassent successivement, attirant des chiffres de connexions faramineux, n’ayant plus rien à voir avec le but initial de MSNBC. Et c’est quand elle a eu la certitude que des logiciels étaient utilisés dans les deux camps pour envoyer des multitudes de votes que la chaîne a sifflé la fin de la partie. «Au cours des deux dernières semaines, nous avons remarqué qu’il y avait beaucoup trop de votes», expliquait jeudi Peter Dorogoff, porte-parole de MSNBC.com, précisant que le cyber scrutin avait été suspendu tôt mercredi matin. «Il ne s’agissait plus de lecteurs individuels exprimant leur opinion mais d’une technologie permettant des votes multiples pour une même photo. C’était du bourrage d’urne électronique. Le processus a été dénaturé, corrompu. Cela ne correspondait plus à notre projet». Le site web expliquait jeudi, sur la page d’accueil qui était jusqu’alors réservée aux votants, que «nous avons annulé la possibilité de voter pour des photos. Il est devenu clair que des individus utilisaient des techniques permettant de voter des centaines, voire des milliers de fois pour la même photo». Il y a deux semaines, un total d’environ 500 000 votes (chiffre déjà considérable) avait été enregistré sur le site, a précisé M. Dorogoff. Mais ce nombre est passé à plus de 5,5 millions juste avant l’interruption. «Nous continuons à présenter les photos comme une compilation des meilleures images de l’année 2000, selon un choix déterminé chaque semaine par nos lecteurs», a-t-il ajouté. La photo du petit Mohammed al-Durrah, qui a succombé à une balle dont l’origine reste contestée, figure toujours parmi cette sélection de 25 clichés, mais pas celle du chiot. Ce cyber affrontement israélo-palestinien «témoigne du pouvoir de la photographie, du pouvoir d’un instantané qui a créé un morceau d’histoire et de la voix globale de l’Internet», commente, sur le site, Brian Storm, directeur du multimédia à MSNBC.com. Ce n’est pas la première fois que Palestiniens et Israéliens, au même titre que Serbes et Albanais ou Tutsi et Hutus, transfèrent leurs antagonismes sur le réseau mondial, si facilement transformable en caisse de résonance pour toutes les propagandes.
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