Le RPR redoutait sa «capacité de nuisance». Les urnes lui ont donné raison. Exclu du mouvement gaulliste, «humilié», Jean Tibéri, âgé de 66 ans, est allé au bout de son combat, aggravant jusqu’à la rupture les déchirures de la droite. S’appuyant sur la formidable machine de l’hôtel de ville, le maire, contraint à la dissidence pour avoir refusé l’investiture de Philippe Séguin, a joué pendant toute la longue campagne parisienne la carte du martyr. Protestant sans cesse de sa foi gaullienne, occupant sans relâche les médias, il s’est posé en «candidat des Parisiens contre les diktats des états-majors politiques», pestant contre ses amis qui l’ont «trahi», à commencer par Jacques Chirac. Le message a porté. Fort du score inattendu de ses listes au premier tour (13,9 %), réhaussé par son succès personnel dans le Ve arrondissement (40 %) et par l’humiliation subie par son adversaire séguiniste, Henri Guaini, qui n’a pas franchi la barre des 10 %, le maire sortant engage dès le 11 mars au soir avec Philippe Séguin un bras de fer éprouvant pour les nerfs. L’enjeu ? La fusion des listes de droite ou le «retrait républicain». Jean Tibéri finit par céder en partie en acceptant in extremis de retirer ses listes de trois arrondissements déterminants dans la bataille pour Paris, les XIIe, XIIIe et XIVe. Mais n’en démord pas : sa stratégie de fusion était le meilleur moyen de conserver l’hôtel de ville. «Philippe Séguin a préféré prendre le risque historique de perdre Paris plutôt que de faire un accord avec Jean Tibéri», se désole-t-il, rejetant par avance sur l’ancien président du RPR la responsabilité d’une défaite. Les responsables, pointe-t-il, il faudra aussi les chercher à l’Élysée et boulevard de La Tour-Maubourg, le siège national du RPR. Certains – «une fraction de l’entourage du président», précise-t-il en faisant allusion à Dominique de Villepin, secrétaire général de l’Élysée, et à Claude Chirac – ont voulu l’enfoncer pour protéger le président. D’autres ont voulu «caser» Philippe Séguin à Paris en pensant qu’il y serait moins dangereux dans la perspective de la présidentielle. «En fait, affirme-t-il, on a voulu faire en sorte que je sois un bouc émissaire». D’origine corse, mais parisien de naissance, Jean Tibéri a fait ses classes en politique dans l’ombre portée de Jacques Chirac, dont il aime à rappeler qu’il «est né dans la même clinique» que lui. Jeune magistrat détaché à la chancellerie, Jean Tibéri est élu au Conseil de Paris en 1965. Il n’en sortira plus. Lorsqu’il se présente comme suppléant du gaulliste de gauche René Capitant aux élections législatives de 1968, il entre aussitôt à l’Assemblée nationale, à la faveur de la nomination de son mentor au ministère de la Justice. Sa rencontre avec Jacques Chirac date de cette époque. Lorsqu’en 1976, après avoir démissionné avec fracas de l’hôtel Matignon, Jacques Chirac a besoin d’un point de chute pour partir à l’assaut de Paris, c’est dans le Ve arrondissement qu’il décide de se parachuter. Lorsqu’en 1986, Jacques Chirac devient pour la deuxième fois Premier ministre, Jean Tibéri garde la maison de l’hôtel de ville. Concrètement, il dispose à cette époque de toutes les délégations de signatures du maire. En 1995, Jacques Chirac est élu à l’Élysée. Il cède alors les clés de son royaume à Jean Tibéri, à la surprise des chiraquiens de toujours, comme Jacques Toubon, qui mènera un putsch avorté trois ans plus tard. Homme de l’ombre, le nouveau maire est presque un inconnu. Il apparaît un peu effacé. Mais, très vite les affaires rattrapent Jean Tibéri et sa femme Xavière. Il y a d’abord celle qui concerne l’appartement de la ville dont aurait profité son fils. Puis, le très peu francophone rapport de Xavière, l’affaire des HLM, celle des faux électeurs... Pendant que Jean Tibéri ferraille sur les plateaux de télévision, jurant qu’il est innocent comme l’agneau biblique, le RPR comprend progressivement que le candidat gaulliste à la mairie de Paris pour les municipales de 2001 ne pourra être le maire sortant. La machine gaulliste se met en marche pour imposer la candidature d’un ténor du mouvement, Philippe Séguin. Mais l’obstination et le pouvoir de nuisance de Jean Tibéri lui offrent aujourd’hui une douce revanche.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le RPR redoutait sa «capacité de nuisance». Les urnes lui ont donné raison. Exclu du mouvement gaulliste, «humilié», Jean Tibéri, âgé de 66 ans, est allé au bout de son combat, aggravant jusqu’à la rupture les déchirures de la droite. S’appuyant sur la formidable machine de l’hôtel de ville, le maire, contraint à la dissidence pour avoir refusé l’investiture de Philippe Séguin, a joué pendant toute la longue campagne parisienne la carte du martyr. Protestant sans cesse de sa foi gaullienne, occupant sans relâche les médias, il s’est posé en «candidat des Parisiens contre les diktats des états-majors politiques», pestant contre ses amis qui l’ont «trahi», à commencer par Jacques Chirac. Le message a porté. Fort du score inattendu de ses listes au premier tour (13,9 %), réhaussé par son succès...