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Actualités - Chronologies

États-Unis - Crédit : les ménages américains - dans le rouge

Doug L. jure qu’il a appris la leçon : il lui a fallu 40 mois à travailler 65 heures par semaine, six jours sur sept, et un deuxième boulot pour s’en sortir et rembourser les 60 000 dollars accumulés en moins de deux ans sur ses 22 cartes de crédit. «J’ai effectué mon dernier paiement en septembre dernier et ma vie est désormais tellement différente», lâche-t-il dans un soupir de soulagement. Comme lui, ils sont chaque année plus de 1,6 million d’individus au bord de la banqueroute à pousser la porte d’un des 50 bureaux des Consumer Credit Counseling Services. Le but de ces organismes associatifs : apprendre aux surendettés à gérer un budget et leur éviter la faillite personnelle. Durant la dernière décennie, l’endettement des ménages a explosé. L’an dernier, la dette privée des particuliers (y compris prêts immobiliers) a atteint le niveau record de 6 700 milliards de dollars, une constatation inquiétante alors que le Congrès, cédant aux pressions de l’industrie bancaire, s’apprête à restreindre les conditions de mise en faillite personnelle. «Les ménages américains nagent dans le rouge», avertit le sociologue Robert Manning, de l’Université de Georgetown, qui compare l’économie américaine à un athlète dopé aux stéroïdes. «Avec le marché boursier haussier des années 1990 (effet de richesse) et l’encouragement publicitaire à la gratification immédiate (“achetez maintenant, payez plus tard”) qui a gonflé les attentes des consommateurs, les Américains ont eu tendance à acheter au-delà de leur pouvoir d’achat», explique l’auteur du livre Credit Card Nation. Prêts étudiant, automobiles, maison, meubles, vacances : les Américains se gorgent du crédit à la consommation. La part de ce dernier a doublé depuis 1992, passant de 731 milliards à 1 500 milliards l’an dernier, dont 654 milliards de dette accumulée grâce aux quelque 1,5 milliard de cartes de crédit en circulation, selon les chiffres de la Réserve fédérale (Fed). Et les Américains préfèrent désormais les petites cartes en plastique (1 000 milliards dépensés l’an dernier) à l’argent liquide. L’industrie bancaire, qui a compris tout le parti qu’elle pouvait en tirer, offre aujourd’hui une foule d’avantages promotionnels pour encourager leur usage : tickets d’avions ou séjours gratuits dans les hôtels, réductions sur les tarifs téléphoniques, etc. Trois ménages sur cinq possèdent au moins une de ces cartes (neuf en moyenne !), assorti d’un crédit tournant de 11 000 dollars et d’un taux d’intérêt de 17,1 %, selon la firme de recherches CardWeb.Com. Conséquence de cette orgie de consommation : sur 100 dollars de revenu, 14 vont au paiement de cette dette. Quant au taux d’épargne des ménages, de 8,5 % au début des années 1980, il est aujourd’hui... négatif. Si le phénomène s’est amplifié, il n’est cependant pas nouveau. Depuis au moins le XIXe siècle, le rêve américain s’est toujours nourri de beaucoup d’espoir, de dur labeur et aussi d’une montagne de dettes. «Les Américains se définissaient déjà assez bien par ce qu’ils avaient et ce qu’ils possédaient», rappelle Lendol Calder, auteur de Financing The American Dream,une histoire culturelle du crédit à la consommation. Pour Robert Manning, cette histoire d’amour avec le crédit s’explique aussi par un optimisme inébranlable en des lendemains meilleurs : «Le comportement des consommateurs est fondé sur la perception de leur revenu futur et non présent». «Nous sommes une nation de surdépensiers, un pays qui s’extasie dans la gratification instantanée», renchérit la psychothérapeute Olivia Mellan, spécialisée dans le traitement des «accros» du crédit. Mais l’irresponsabilité ne va pas sans conséquence : les faillites personnelles ont quintuplé depuis la fin des années 1970. Et les économistes prédisent que, cette année, leur nombre dépassera le record de 1,4 million atteint en 1998, dix fois plus que durant la Grande Dépression des années 30.
Doug L. jure qu’il a appris la leçon : il lui a fallu 40 mois à travailler 65 heures par semaine, six jours sur sept, et un deuxième boulot pour s’en sortir et rembourser les 60 000 dollars accumulés en moins de deux ans sur ses 22 cartes de crédit. «J’ai effectué mon dernier paiement en septembre dernier et ma vie est désormais tellement différente», lâche-t-il dans un soupir de soulagement. Comme lui, ils sont chaque année plus de 1,6 million d’individus au bord de la banqueroute à pousser la porte d’un des 50 bureaux des Consumer Credit Counseling Services. Le but de ces organismes associatifs : apprendre aux surendettés à gérer un budget et leur éviter la faillite personnelle. Durant la dernière décennie, l’endettement des ménages a explosé. L’an dernier, la dette privée des particuliers (y compris...