«Depuis six mois, on se fait tirer dessus et on ne dit rien. Aujourd’hui, Israël tente de se défendre»: pour Tsipi Shlissel, 36 ans, une résidente de Talmon, une colonie juive proche de Ramallah, le renforcement du blocus de cette ville palestinienne était une bonne chose et son allègement est une erreur. L’intensification du blocus autour de Ramallah, la semaine dernière, première mesure concrète de M. Sharon, le chef de la droite israélienne, avait séduit les colons de la région, qui y ont vu «un pas dans la bonne direction». «Ils (les Palestiniens auteurs d’attaques anti-israéliennes) devraient nous remercier de nous contenter d’un blocus et de ne pas leur mettre une balle dans la tête», affirme Mme Shlissel. Pour les colons des environs de Ramallah, qui sont la cible régulière de tirs palestiniens lorsqu’ils circulent sur les routes de la région – «la guerre des routes» –, le blocus signifie d’abord moins de voitures palestiniennes, donc moins de risques d’attaques. Creusement de tranchées aux entrées de Ramallah Daniella Shaouat, une jeune mère de famille de la colonie de Beit El, s’en est rendu compte en début de semaine, quand le blocus a été intensifié par le creusement de tranchées aux entrées de Ramallah, avec pour résultat de bloquer totalement la circulation des Palestiniens dans la zone. Gilet pare-balles sur le dos et revolver à portée de main, elle se rend tous les jours dans la zone industrielle d’Atarot, au nord de Jérusalem. Une des routes les plus dangereuses de Cisjordanie. «Il y a quelques jours, on était soudain plus tranquille. Il n’y avait pratiquement plus de voitures palestiniennes. Chaque voiture arabe qui passe, c’est un attentat potentiel», dit-elle. «Alors la question se pose. Est-ce que ça ne vaut pas le coup de sauver des vies, quitte à infliger une punition collective ?», demande-t-elle. Des difficultés exagérées Pour ces femmes et d’autres colons, les difficultés engendrées par le blocus pour les Palestiniens sont, de toute façon, bien exagérées. Une opération de «relation publique», de la «propagande», disent-elles. «On plaint les Arabes, mais qu’en est-il des dizaines de milliers d’Israéliens qui ne peuvent plus vivre normalement», s’indigne Tsipi, faisant allusion aux colons de Cisjordanie. «C’est nous les malheureux», lance-t-elle. «Je vis en plein milieu de l’État d’Israël et je veux m’y sentir en sécurité», renchérit son amie Hadass, 30 ans. Dès mardi soir, Hadass et une cinquantaine d’autres femmes ont manifesté contre l’allègement du blocus. Mais cette concession du Premier ministre aux Palestiniens ne constitue pas une crise entre M. Sharon et les colons. «Je le comprends, il est soumis à une telle pression», affirme Hadass en parlant de M. Sharon. «Quoi qu’il en soit, c’est un pas dans la bonne direction, on montre enfin que nous sommes forts», poursuit-elle à propos du blocus. Les colons ont voté dans leur écrasante majorité pour M. Sharon, sans grand enthousiasme, pour barrer la route à l’ancien Premier ministre Ehud Barak. Une semaine après son entrée en fonction, ils sont satisfaits de leur choix, même s’ils entendent rester vigilants. «Si, concrètement, rien n’a changé, le ton, lui, a changé. Il est plus ferme», estime David Shaouat, employé de la «mairie» de Beit El. «Sharon dit qu’il ne négociera pas sous la menace des armes. Il suit une ligne et nous sommes plus sereins», poursuit-il. Pour autant, les colons ne lui signent pas un chèque en blanc. Ils préparent d’ailleurs une manifestation pour la première visite de M. Sharon à Washington, la semaine prochaine. Histoire de lui rappeler «qu’il doit être lui-même», conclut M. Shaouat.
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