Au terme d’une semaine écourtée de trois séances, de lundi à mercredi, en raison du chômage officiel à l’occasion de la fête de l’Adha, le marché des changes de Beyrouth a fonctionné au ralenti, jeudi et vendredi, dans un climat calme et marqué d’expectative. L’attente des investisseurs et des milieux financiers de l’achèvement des mesures d’assainissement des finances publiques, à la veille des débats budgétaires, qui sont censés concrétiser le plan envisagé pour la réduction des dépenses improductives de l’État dans le cadre de l’adoption du projet de budget 2001, continuait donc d’entretenir des sentiments d’incertitude vis-à-vis des placements en actifs libanais. Ce phénomène s’est traduit encore une fois par la poursuite de la réticence des opérateurs à se dessaisir du dollar, passant outre les assurances des hauts responsables politiques et financiers quant à leur attachement à une politique de stabilité monétaire basée sur les moyens dont dispose la Banque du Liban (BDL) pour juguler les attaques spéculatives contre la livre. Mais il n’en demeure pas moins que la demande du dollar tend toujours à se contracter pour ne pas dépasser pratiquement les besoins commerciaux courants du marché. Dans ce contexte, l’action de la BDL est restée le principal facteur déterminant de la tendance. En maintenant ainsi sa fourchette d’intervention en l’état, entre 1 501,00 LL à l’achat et 1 514,00 LL à la vente, celle-ci est parvenue à faire clôturer le billet vert au même taux moyen indicatif de 1 507,50 LL, comme depuis déjà un an et demi. Pourtant, la quasi-absence d’offre en dollar sur le marché en dehors de la BDL a fait de cette dernière la principale et l’unique contrepartie valable à la vente de cette monnaie au point supérieur de sa fourchette d’intervention. Toutefois, ce mouvement n’a pas pu prendre la moindre dimension cette semaine en raison du long chômage de l’Adha d’un côté et du potentiel limité de la demande en devises étrangères à des fins commerciales d’un autre côté. De ce fait, le volume des échanges est resté généralement mince, ne dépassant pas pour les deux journées ouvrables de cette semaine quelque quinze millions de dollars, entièrement placés à la vente par la BDL à 1 514,00 LL, à en croire les milieux cambistes de la place. Le dollar a repris des couleurs cette semaine malgré la résistance de l’euro À l’étranger, l’euro est resté résistant face au billet vert cette semaine, au-dessus de la barre de 0,93 dollar, profitant de la double inquiétude des cambistes concernant la croissance conjoncturelle américaine et l’état de santé de l’économie japonaise. Mais le dollar est parvenu à reprendre quelques couleurs hier, à l’annonce de statistiques sur l’emploi aux États-Unis, meilleures que prévu, dissipant les craintes d’une nouvelle baisse du taux directeur de la Réserve fédérale américaine (Fed) d’un demi-point en pourcentage lors de la réunion de son comité de politique monétaire le 20 mars prochain. À cet égard, les opérateurs se sont rendu compte hier que l’économie américaine, qualifiée récemment d’anémique par le président de la Fed, Alan Greenspan, continue de créer des emplois, signe que la reprise conjoncturelle pourrait se concrétiser dans les prochains mois. Ainsi après avoir appris que le taux de chômage pour février est resté inchangé à 4,2 % de la population active et que 135 000 emplois ont été créés pendant la même période, soit des chiffres plus encourageants que les prévisions les plus optimistes, la plupart des économistes estimaient que ces statistiques ne plaidaient plus en faveur d’une nouvelle réduction des taux d’intérêt américains dans des proportions envisagées auparavant, soit entre un demi-point en pourcentage et un point entier. Plus tôt dans la semaine, l’euro avait pourtant profité, lundi et mardi, de l’absence sur le marché d’une partie des opérateurs américains, bloqués par la tempête de neige aux États-Unis. Il a par la suite bénéficié des chiffres sur la croissance européenne au quatrième trimestre confirmant que la zone euro n’est pas trop affectée par le ralentissement de la croissance outre-Atlantique. Toutefois, la baisse plus forte que prévu des entrées de commandes dans l’industrie allemande en janvier (-3,9 %), mercredi, a limité la marge d’appréciation de l’euro par crainte d’un ralentissement plus sévère que prévu dans la première économie de la zone euro, où le chômage vient aussi d’augmenter pour le deuxième mois consécutif (10,1 % de la population active). Mais il n’en demeure pas mois que l’évolution de l’euro dans les prochaines semaines reste suspendue à la décision de la Fed sur les taux américains, après que les opérateurs eurent anticipé un statu quo monétaire en Europe. Selon les analystes financiers, les marchés s’attendent à une nouvelle détente monétaire le 20 mars lors de la réunion du comité de l’open market de la Fed, mais les experts restent divisés sur son ampleur surtout après la publication hier des chiffres sur l’emploi aux États-Unis qui ont remis en question tous les pronostics envisagés à cet égard. En outre, l’euro a aussi profité des ventes de yens cette semaine. La devise nippone a ainsi passé une semaine morose, lâchée par des investisseurs inquiets de voir l’économie japonaise proche d’une nouvelle et rude récession économique. «On reste dans une tendance à la baisse avec une monnaie qui pourrait toucher les 124 yens pour un dollar du fait des faibles données économiques au Japon», ont indiqué les économistes de la Commerzbank dans une note hebdomadaire. Mais selon eux, il faudra attendre la publication des chiffres sur la croissance japonaise après-demain pour avoir une idée plus nette de la situation. Mercredi, le gouverneur de la Banque du Japon Masaru Hayami a renforcé les réticences des cambistes à acheter de la devise en suggérant qu’il ne s’inquiétait pas de la faiblesse actuelle du yen. Le lendemain, le ministre des Finances japonais Kiichi Miyazawa a envoyé le yen au tapis en indiquant que les finances publiques de son pays étaient «proches de l’effondrement», avant de faire des excuses publiques. Le yen s’est alors effondré jusqu’à 120,40 yens pour un dollar, au plus bas depuis juillet 1999. En fin de semaine, le yen se reprenait un peu, profitant d’une série de mesures d’urgence établies par le gouvernement japonais pour tenter d’enrayer la dégradation de l’économie nippone. Ces mesures visent notamment à encourager les investissements sur les marchés boursier et immobilier. Compte tenu de toutes ces considérations, le dollar devait achever la semaine, à New York, sur un ton résistant, se négociant comme suit : – 0,9320 pour un euro contre 0,9355, vendredi dernier – 1,4685 pour un sterling contre 1,4680 – 2,0985 DM contre 2,0905 – 7,0385 FF contre 7,0115 – 1,6540 FS contre 1,6445 – 2 077,55 lires contre 2 069,75 – 119,55 yens contre 119,00. Réduction des gains sur les grandes Bourses internationales Sur les places boursières internationales, les marchés américains des valeurs mobilières ont été contraints à réduire leurs gains cette semaine, plombés par les avertissements lancés hier par Intel et la veille par Yahoo ! sur leurs résultats cette année, réveillant les frayeurs des investisseurs sur la solidité des valeurs de la haute technologie. En dépit donc d’un regain d’enthousiasme au début de la semaine, l’indice composite de la Bourse électronique Nasdaq devait reprendre le chemin de la baisse à la veille du week-end pour flirter avec les 2 000 points, un an tout juste après son record absolu de clôture à 5 048,62 points, sous le poids d’une surévaluation des valorisations boursières, injustifiables au regard des résultats des entreprises. Certes, le ralentissement économique, qui touche aussi bien les ventes d’ordinateurs que la fabrication des microprocesseurs et des réseaux en fibre optique, devait s’étendre à d’autres secteurs de la nouvelle comme de la vieille économie. De plus, des commentaires d’analystes boursiers sont venus ébranler le moral des investisseurs qui a été déprimé aussi par les chiffres américains de l’emploi pour février, qui ont fait ressortir des créations d’emplois plus nombreuses qu’attendu. Les opérateurs boursiers craignent d’ores et déjà que de tels chiffres ne dissuadent la Fed de poursuivre sa politique agressive de baisse des taux d’intérêt entamée dès le début de l’année. Et si certains analystes prévoyaient toujours une baisse d’un demi-point en pourcentage du principal taux directeur de la Fed lors de la réunion de son comité de politique monétaire le 29 mars, pensant qu’elle pourrait constituer sa dernière intervention, les investisseurs ont estimé de leur côté devoir prendre les gains que leur procure la récente remontée de la cote américaine. En effet, l’indice composite Nasdaq a dû céder du terrain, abandonnant 3,26 % à 2 048,64 points en préclôture hier contre 2 117,63 points à la fin de la semaine dernière, pendant que l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles réduisait ses gains de la semaine à 1,35 % en revenant en préclôture à 10 607,28 points contre 10 466,31 points pendant la même période. Pour ce qui est des Bourses européennes, elles ont suivi l’évolution de Wall Street et du Nasdaq mis à mal par les mises en garde des géants américains de la haute technologie et par les chiffres du chômage aux États-Unis. De ce fait, elles ont dû réduire elles aussi leurs gains de la semaine sur des ventes bénéficiaires. En effet, l’indice Footsie de la Bourse de Londres n’a pu prendre que 1 % à 5 917,30 points contre 5 858,60 points d’une huitaine à l’autre ainsi que l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris, qui s’est adjugé seulement 1,45 % à 5 368,89 points contre 5 291,92 points, et l’indice Extra Dax de la Bourse de Francfort, qui n’a finalement gagné que 0,74 % à 6 204,42 points contre 6 159,02 points pendant la même période. Il en est de même de l’indice Nikkei de la Bourse de Tokyo qui n’a finalement repris que 2,99 % sur la semaine écoulée à 12 627,90 points contre 12 261,80 points la semaine précédente en attendant avec appréhension les chiffres du PIB (produit intérieur brut) nippon de l’année 2000 devant être publiés après-demain.
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