Les Palestiniens s’attendaient au pire mercredi, avant le vote d’investiture du gouvernement israélien dirigé par le chef de la droite Ariel Sharon, face auquel ils voient dans le soutien de la communauté internationale leur seule chance de salut. «C’est le pire gouvernement possible d’un point de vue palestinien», estime l’analyste politique et directeur du Jerusalem Media and Communication Center (JMCC), un organisme palestinien indépendant, Ghassan Khatib. Bien que l’Autorité palestinienne assure être prête à négocier avec n’importe quel gouvernement israélien, les responsables palestiniens ne cachent pas leur pessimisme sur l’avenir du processus de paix, bouleversé par cinq mois d’intifada, sous M. Sharon, un adepte de la manière forte, opposé à toute concession sur leurs principales revendications. «Ce gouvernement sera absent en raison de ses divisions», a indiqué l’un des principaux négociateurs palestiniens, Saëb Erakat, en référence au gouvernement d’union nationale de M. Sharon, qui rassemble la droite, les religieux et la gauche. «La gauche parlera de paix alors que la droite essaiera de créer des faits accomplis sur le terrain, comme des colonies (juives) ou le renforcement de l’occupation», a estimé M. Erakat. Face à cette situation, le principal conseiller du président palestinien Yasser Arafat, Nabil Abou Roudeina, a affirmé que les États-Unis du président George W. Bush devaient assumer leur rôle de parrain du processus de paix. «Les contacts palestino-israéliens ont cessé à la suite des changements en Israël et aux États-Unis, et à présent cette période d’attente est terminée et la paralysie actuelle ne peut pas continuer», a déclaré M. Abou Roudeina aux journalistes à Gaza. Les responsables palestiniens demandent qu’Israël lève les mesures prises pour réprimer l’intifada, notamment le bouclage de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, qui a réduit à la misère plus d’un tiers des Palestiniens. «Le nouveau gouvernement israélien doit décider soit de poursuivre le dialogue et les négociations, soit la politique de bouclage, de famine et de menaces», a lancé M. Abou Roudeina. M. Sharon exige, en préalable à la levée du bouclage et à la reprise des pourparlers de paix, la fin de l’intifada, déclenchée par sa visite controversée le 28 septembre sur l’esplanade des Mosquées, qui abrite le troisième Lieu saint de l’islam, à Jérusalem-Est. Depuis, 65 Israéliens ont été tués par des Palestiniens, et 355 Palestiniens, un Allemand et 13 Arabes israéliens par des Israéliens. «Les Palestiniens ont l’impression qu’il s’agit d’un gouvernement agressif, avec lequel ils ne pourront jamais faire la paix», a indiqué M. Khatib. Le ministre désigné de la Sécurité intérieure, le député ultranationaliste Uzi Landau, a proposé mercredi qu’Israël passe à l’offensive contre l’Autorité palestinienne. «Il ne suffit pas de construire des murs de protection, on doit porter la bataille dans le camp adverse», a déclaré M. Landau. Les relations s’annoncent d’autant plus tendues que M. Sharon est honni dans le monde arabe, en raison notamment de sa responsabilité, alors qu’il était ministre de la Défense, dans le massacre de centaines de réfugiés palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila, près de Beyrouth, en septembre 1982. La participation de la gauche au gouvernement d’union nationale, en particulier la nomination du prix Nobel de la paix Shimon Peres comme ministre des Affaires étrangères, a néanmoins ruiné les espoirs palestiniens de voir M. Sharon mis au ban de la communauté internationale. Selon M. Khatib, «ce gouvernement sera aussi agressif qu’il le jugera nécessaire sur le terrain et aussi diplomate que possible sur l’arène internationale, où Peres couvrira n’importe quelle atrocité perpétrée par Sharon».
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