Bien que l’idée paraisse impensable, la passion des Néo-Zélandais pour le rugby et sa légendaire équipe des All Blacks semble se ternir, et la France a sa part de responsabilité dans cette affaire. Selon une enquête réalisée pour le journal, New-Zealand Herald, un Néo-Zélandais sur quatre affirme que son intérêt pour le rugby se dégrade, tandis que 20 % des personnes interrogées confient ne s’y être jamais intéressées. La disgrâce du rugby, qui a contribué à l’élaboration d’une identité nationale dans la conscience collective du pays, semble s’être amorcée en 1999 quand l’équipe emblématique des All Blacks a perdu face au Quinze de France, en demi-finale de la Coupe du monde. Ce qui fut à l’époque considéré comme «un désastre national a depuis évolué en un sentiment diffus de résignation», commente le New-Zealand Herald. Le matraquage médiatique qui entoure l’ouverture de la nouvelle saison de rubgy pourrait pourtant laisser croire que ce sport demeure plus populaire que jamais auprès des Néo-Zélandais. Mais l’intérêt que portent les médias au rugby n’est pas forcément révélateur de son importance au sein de la société et du nombre de personnes qui le pratiquent, estime Chris Rattue, chroniqueur sportif du journal. «Ce qui a changé, c’est la place jadis centrale qu’occupait le rugby dans la vie des Néo-Zélandais. Il y a 30 ans, il faisait partie intégrante de l’existence des jeunes. Maintenant, ce sont les médias qui sont obsédés par le rugby, mais au niveau de la pratique, il est en recul», écrit-il. Le président de la Ligue nationale de rugby, David Rutherford, avoue être inquiet de la baisse considérable du nombre de joueurs entre 10 et 15 ans. Crise de l’identité masculine «Nous devons essayer de les ramener vers nous, mais il ne faut pas rêver», a-t-il expliqué à l’AFP, soulignant que l’impact de la globalisation, au niveau culturel, ainsi que le plus grand choix de disciplines offert aux jeunes, devait forcément porter préjudice au sport national. Des universitaires, qui se sont penchés sur le sujet, l’ont mis en relation avec une certaine crise de l’identité masculine. Le Dr Rex Thomson explique dans une revue spécialisée que l’endurance et la robustesse physique, symboles du rugby, ont contribué à renforcer la perception d’une certaine «hégémonie masculine», permettant aux «mâles» néo-zélandais de se forger une identité collective. Mais les transformations de la société et le développement croissant de disciplines où il n’y a pas de compétition ont conduit les hommes de la génération actuelle à ne plus se reconnaître obligatoirement dans ce cliché. En dépit de ce déclin, David Rutherford estime toutefois qu’il est prématuré d’écrire la nécrologie du rugby en Nouvelle-Zélande, car la popularité de ce sport y demeure unique au monde. Chris Laidlaw, ancien joueur légendaire des All Blacks dans les années 60, qui devint par la suite le premier ambassadeur de son pays en Afrique, partage ce point de vue. Dans un essai consacré à son expérience de joueur, il écrit que le rugby a conservé «sa suprématie au sein de la conscience nationale néo-zélandaise. Il n’existe toujours pas de meilleur baromètre du moral des Néo-Zélandais que le palmarès des All Blacks. Que ce soit pour le meilleur ou pour le pire, il reste conditionné aux événements qui marquent la vie de ce sport».
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